Jean-Baptiste Juvénal Corbineau, un inconnu illustre – Partie 2 (1804-1812)

Cet article fait suite à une première partie consacrée à la période 1776-1803.

En juin 1803, en réponse à la reprise de la guerre avec l’Angleterre survenue un mois auparavant, les troupes françaises – commandées par le général de division Mortier ‒ envahirent sans coup férir l’électorat du Hanovre, jusqu’alors détenu par la Couronne britannique. Forte de 15000 soldats, la petite armée hanovrienne fut dissoute à l’issue de ce coup de force. Toujours à la recherche de nouvelles troupes, le 1er Consul Bonaparte ordonna toutefois à Mortier de constituer de nouvelles unités à l’aide des militaires hanovriens licenciés. Le 12 août 1803, le général-gouverneur du Hanovre signa par conséquent un décret créant une légion mixte (1), comptant un régiment d’infanterie légère à deux bataillons et un régiment de chasseurs à cheval à trois escadrons.

Officier dans la légion hanovrienne (janvier 1804-mai 1806).

Une unité manquant d’attraits, ou les difficultés du recrutement.

Le recrutement s’avéra très compliqué. En effet, de nombreux militaires hanovriens s’étaient déjà enrôlés dans la King’s German Legion au service britannique. De fait, en novembre, seuls 127 soldats avaient été déclarés aptes à servir dans la cavalerie, dont le dépôt était installé dans la petite ville de Celle. Par ailleurs, peu de Hanovriens se présentant pour intégrer les rangs de l’unité, il fallut enrôler des soldats de langue allemande venus d’autres régions d’Europe. De même, si le Hanovre était réputé pour la robustesse de ses chevaux, seules 78 des montures reçues avaient été jugées valables par les officiers chargés de la remonte ; situation étrange témoignant vraisemblablement de la « résistance passive » mise en œuvre par les autorités locales. Semblable constat s’appliquait à la livraison des équipements, issus des dépôts de l’ancienne armée et dont la qualité laissait à désirer. Le 3 février 1804, Mortier adressa pourtant une missive au ministre de la Guerre, dans laquelle il lui assurait que « la cavalerie, constituée d’anciens cavaliers du Hanovre, était de belle stature ». Ces assertions un brin triomphalistes valurent à leur auteur les félicitations du 1er Consul.

Jean-Baptiste Juvénal Corbineau chef d'escadron de la légion hanovrienne Marc MorillonEncore fallait-il encadrer ladite légion. Celle-ci étant considérée comme une unité étrangère au service de la France, les officiers français avaient interdiction de s’y enrôler ou de s’y faire recruter. Cependant, seuls 7 officiers hanovriens se portèrent volontaires pour servir dans la cavalerie. De la sorte, leurs homologues français furent finalement tolérés afin de renforcer le corps des officiers. En outre, souhaitant motiver les candidats potentiels, Mortier conféra le grade supérieur aux militaires français rejoignant la légion. Le régiment de cavalerie reçut ainsi des hommes issus ‒ notamment ‒ des 4e et 5e régiments de hussards. Ce fut dans ce contexte que, le 27 janvier 1804, Mortier s’adressa à Constant Corbineau, colonel du 5e régiment de chasseurs à cheval, pour lui annoncer « (…) qu’il avait écrit au colonel Evers pour faire recevoir Juvénal chef d’escadron dans la cavalerie de la légion hanovrienne. Mais il doit toujours compter à votre régiment jusqu’à ce que le gouvernement ait approuvé sa nomination » (2). Cette missive formait probablement le terme d’une série de correspondances. Quoi qu’il en soit, Jean-Baptiste Juvénal devait indubitablement sa nomination à ses états de services élogieux, à sa discrétion, et plus encore à l’appui déterminant de son frère Constant, devenu en quelque sorte son protecteur. Son cas rappelle également que mérite et bravoure ne formaient pas les seuls critères d’avancement. En effet, appartenir à des réseaux influents s’avérait indispensable pour espérer progresser dans la carrière.

Tracasseries administratives (automne 1804-juin 1805).

Le 13 avril 1804, le régiment de cavalerie de la légion fut dénommé, par décision consulaire, « régiment de chevau-légers hanovriens au service de la France ». Au cours de l’été, cherchant à enrayer les nombreuses désertions, Napoléon décida du transfert de l’unité sur le sol français. Avant son départ de Celle, la cavalerie fut inspectée par le général Kellermann. Si la troupe lui fit bonne impression, l’inspecteur nota par contre la médiocre qualité de son armement et de son équipement. Cette procédure accomplie, la légion hanovrienne gagna Avignon par étapes, passant notamment par Lyon. Ce cantonnement dans le Vaucluse concorda avec les tracasseries administratives de Jean-Baptiste Juvénal. En effet, son grade de chef d’escadron ne lui avait toujours pas été confirmé officiellement. Aussi, décida-t-il de prendre la plume pour solliciter l’appui de figures influentes, à l’instar du général de brigade César Berthier. Au demeurant, s’adresser directement au frère du ministre de la Guerre n’était guère anodin. De surcroît, ce dernier pouvait témoigner de « la bonne conduite et de la bravoure [de Corbineau] pendant qu’il a servi sous [ses ordres], ayant même été blessé à [ses] côtés à l’affaire de Saint-Blaise » (3).

Un officier modèle ?

Cette lettre était accompagnée d’un mémoire dans lequel son auteur s’appliquait à se présenter tel un officier modèle. Au préalable, il y rappelait ses « blessures reçues pendant la guerre de la Révolution (…), l’estime des généraux sous les ordres desquels [il avait eu] l’honneur de servir et (…) ses faits d’armes » (4). Si les premières lignes évoquaient implicitement sa bravoure au combat, les suivantes insistaient, elles, sur la figure qu’il présentait à la troupe comme à ses collègues officiers. A l’en croire, il faisait preuve « d’un zèle soutenu pour bien remplir ses fonctions et d’une assiduité constante à former à la discipline et à l’instruction les hommes réunis dans le nouveau corps où [il servait]». Jean-Baptiste Juvénal concluait sa supplique en regrettant non seulement la grande lenteur de son avancement en ces débuts de l’Empire, mais encore l’illogisme supposé des promotions survenues au sein de la légion : « des officiers ont été faits sans avoir été précédemment gradés dans l’emploi inférieur pendant le temps prescrit, tous ont été confirmés et sont brevetés par Sa Majesté ». Les démarches de Corbineau se révélèrent d’abord infructueuses. Le 7 mars 1805, Napoléon refusa en effet de confirmer sa nomination comme chef d’escadron. En outre, il lui intima l’ordre de rejoindre les rangs du 5e régiment de chasseurs à cheval et d’y reprendre la place d’adjudant-major qu’il occupait préalablement à son entrée dans la légion hanovrienne (5). Or, un décret impérial du 27 avril annula cette décision et confirma ‒ cette fois définitivement ‒ Jean-Baptiste Juvénal comme chef d’escadron (6). Comment expliquer pareil revirement ? Malgré le mutisme des sources archivistiques, il est possible de postuler que Corbineau avait – de nouveau – mobilisé son réseau, ses connaissances et ses soutiens, à l’instar des généraux Dessoles et Kellermann, mais également du maréchal Bernadotte, tous trois cités dans ses missives. Surtout, cette confirmation survenait deux ans et demi après sa nomination comme capitaine, et ce, en dépit d’une mesure impériale édictant qu’un capitaine ne pouvait devenir chef d’escadron s’il n’avait préalablement servi quatre années dans le grade inférieur. « Fait du prince » en quelque sorte, telle décision permettait de rattraper les lenteurs de l’avancement de ce valeureux officier de cavalerie légère.

Loin des yeux de l’Empereur (1805-1807).

De la vie de garnison à la « petite guerre » en Italie (automne 1805-printemps 1806).

A l’été 1805, entrées à l’hôpital et désertions firent chuter les effectifs de la cavalerie de la légion à 25 officiers et 460 cavaliers. De fait, l’unité fut envoyée  sur un front secondaire ‒ l’Italie du Nord ‒ pour y être intégrée à un corps d’armée chargé d’assurer le blocus de Venise. Eloignée des opérations se déroulant alors en Allemagne et en Autriche, la cavalerie stationna à Alessandria. A la fin décembre 1805 – voire au début de l’année 1806 ‒, ce fut dans cette ville que Jean-Baptiste Juvénal reçut une très longue lettre de son frère Constant, narrant ‒ avec force détails ‒ sa brillante conduite à la bataille d’Austerlitz, à la tête du 5e régiment de chasseurs à cheval. En mars 1806, la cavalerie de la légion hanovrienne fut transférée à l’armée de Naples, comme l’espérait d’ailleurs son chef de corps, le colonel Evers. Il lui revint de pratiquer la « petite guerre », une « forme larvée de combat, ponctuée d’engagements limités et menée par une armée régulière contre de petits groupes qui cherchaient à harceler l’ennemi » (7). Aussi, la prise de villages et la lutte contre les « brigands » locaux l’occupèrent-ils plusieurs mois en Italie centrale et du sud. Le 16 avril, les chasseurs de la légion s’emparèrent ainsi de Civitella del Tronto, un petit village des Abruzzes. Progressant à pied, les cavaliers reprirent la localité à l’issue de combats de rue acharnés. Ils eurent à déplorer cinq tués, contre une trentaine à l’adversaire. Le chef d’escadron Corbineau se distingua en cette occasion, qui, d’ailleurs, signait conjointement sa première expérience de guerre asymétrique et sa dernière opération au sein de la légion. Le même jour, Napoléon refusait d’accéder à la proposition de Constant Corbineau, qui demandait « pour son frère Juvénal, chef d’escadron au corps des chasseurs à cheval hanovriens, la place vacante de major au 5e chasseurs » (8). L’Empereur ajoutait en marge de ce courrier que Jean-Baptiste Juvénal serait « proposé pour un autre emploi » (9). Et de fait, celui-ci fut nommé major au 10e régiment de hussards un mois plus tard.

« Officier de plume » au 10e régiment de hussards (mai-décembre 1806).

Jean-Baptiste Juvénal Corbineau major du 10e régiment de hussards Marc MorillonNotre homme quitta par conséquent l’Italie pour la Bavière. Ayant subi des pertes sensibles lors de la campagne de 1805, le 10e régiment de hussards était en effet demeuré en Allemagne après la paix de Presbourg ; il y avait reçu de nouvelles recrues et complété ses remontes en chevaux. Les précédents biographes de Jean-Baptiste Juvénal Corbineau se montrèrent peu diserts sur son parcours durant le second trimestre de l’année 1806. Tout juste se bornèrent-ils à affirmer qu’« il fit la campagne de Prusse avec ce beau régiment qui s’illustra à Saalfeld, à Iéna, à Stettin » (10). En réalité, tandis que le colonel Louis-André Briche commandait les escadrons de guerre de l’unité, Jean-Baptiste Juvénal prit en charge le dépôt régimentaire, conformément à ses attributions. Aussi reçut-il les nouvelles recrues et veilla-t-il à ce que la remonte s’effectuât dans des conditions optimales ; tâches sans doute relativement ingrates, mais cependant indispensables à l’efficacité d’un régiment de cavalerie.

Colonel du 20e régiment de dragons (janvier 1807).

Jean-Baptiste Juvénal Corbineau colonel du 20e régiment de dragons Marc MorillonAux opérations en Prusse succédèrent celles en Pologne. Conditions climatiques éprouvantes et rudes combats contre les troupes russes – venues au secours de leur allié prussien ‒ transformèrent cette campagne hivernale en un calvaire pour les armées. Installé à Varsovie, Napoléon se pencha, lui, sur l’encadrement des régiments de son armée, cherchant non seulement à combler les places vacantes mais encore à récompenser la valeur de ses subordonnés. Le 7 janvier 1807, un décret impérial décréta ainsi que le major du 10e régiment de hussards devenait colonel du 20e régiment de dragons, succédant dès lors à Nicolas Reynaud (11). Huit jours plus tard, Constant put écrire à sa sœur Eléonore que « Juvénal est colonel du 20e dragons (…). Il ne pourra être parrain de ton enfant que par procuration ; il faut qu’il se rende sans délai à la tête de son corps afin d’en prendre le commandement avant que la campagne ne recommence » (12). En l’espace de deux ans, la carrière de son frère avait connu une accélération indéniable.

La tragédie d’Eylau : les Horaces endeuillés.

Néanmoins, contrairement aux assertions de ses biographes successifs, Jean-Baptiste Juvénal ne prit guère part à la grande charge de cavalerie de Murat, assurément l’un des épisodes majeurs de la bataille livrée à Preussich-Eylau le 8 février. Et pour cause : composée des 20e et 26e régiments de l’arme, la 3e brigade de la division de dragons du général Klein avait été détachée au 6e corps d’armée du maréchal Ney, quelques jours seulement avant cet engagement. Après avoir parcouru ‒ à marches forcées ‒ près de 80km en 24h, les troupes du maréchal débouchèrent vers 19h sur le théâtre des combats. Quoique tardive, leur arrivée contribua cependant à la retraite des forces russes. Pour la première fois, les trois frères Corbineau avaient combattu sur le même champ de bataille. Or, dans la nuit du 8 au 9, Jean-Baptiste Juvénal apprit probablement le décès de Constant, aide de camp de l’Empereur – « emporté par un boulet », selon les termes mêmes du 58e Bulletin ‒ et la grave blessure d’Hercule, chef d’escadron aux chasseurs à cheval de la Garde Impériale, atteint d’un coup de biscaïen à la cuisse droite. Quelques semaines plus tard ‒ à l’issue du siège de Dantzig ‒, Corbineau et son régiment passèrent à la division de dragons du général Latour-Maubourg. Le 10 juin, ils prirent part à la bataille d’Heilsberg et, quatre jours plus tard, à celle de Friedland, qui mit un terme à la sanglante campagne de Pologne.

Interbellum (été 1807– automne 1808).

Si la carrière de Jean-Baptiste Juvénal Corbineau avait pris un tour favorable entre 1804 et 1807, elle s’était toutefois largement déroulée sur des théâtres d’opérations secondaires – le Hanovre, puis l’Italie du Nord ‒, loin des yeux de l’Empereur – la bataille de Friedland exceptée. De surcroît, elle avait été marquée par des fonctions administratives, tant au sein de la légion hanovrienne qu’au 10e régiment de hussards. En cette fin d’été 1807, des douleurs récurrentes et une santé dégradée – corollaires des toutes récentes opérations militaires ‒ forcèrent le colonel du 20e régiment de dragons à solliciter un congé de convalescence d’une durée de deux mois. Le 17 octobre, l’Empereur valida ce repos au demeurant prolongé de deux autres mois au début de l’année 1808. Napoléon ordonna néanmoins que « le colonel ne quittera que lorsqu’il sera remplacé par le major » (13).

Horace, baron d’Empire.

Par lettres patentes du 16 septembre 1808, Jean-Baptiste Juvénal Corbineau fut créé baron, sur choix direct de l’Empereur. 59% des membres de la noblesse d’Empire étaient – comme lui ‒ des militaires, ce qui démontre que l’armée aurait pu se présenter comme fondement d’une nouvelle élite ; mais malgré cette surreprésentation des militaires dans la noblesse impériale, celle-ci ne pouvait être assimilée à une noblesse d’épée.

Armoiries Baron Jean-Baptiste Juvénal Corbineau 1808 Jean-Claude Colrat Serment des Horaces

A gauche : Armoiries du baron Jean-Baptiste Juvénal Corbineau – Infographie originale de Jean-Claude Colrat, DR. A droite : Extrait du Serment des Horaces, 1784-1785 – Huile sur toile de Jacques-Louis David, Wikimedia Commons.

Créé noble, le colonel disposait d’armoiries, qui se décomposaient comme suit : « Coupé ; le premier parti d’azur au lion rampant d’argent armé d’une épée de même, et de gueules au signe des barons militaires, le deuxième d’or aux trois bras de carnation étendus en forme de prestation de serment » (14). Les « trois bras de carnation » faisaient explicitement référence au surnom « les trois Horaces » que Napoléon – reconnaissant leur bravoure ‒ avait décerné aux frères Corbineau, ainsi qu’au Serment des Horaces, l’un des plus fameux tableaux de David. Enfin, le titre nobiliaire s’accompagnait fréquemment de dotations en rentes annuelles sur les territoires conquis ou les Etats vassaux, permettant ainsi de garantir un revenu minimum aux anoblis. Si elles étaient attribuées prioritairement aux officiers méritants, ces derniers ne pouvaient s’en défaire sans autorisation impériale avant une décennie. Et de fait, Jean-Baptiste Juvénal reçut – dès le 17 mars 1808 ‒ des dotations sur des terres réservées dans le royaume de Westphalie (15). Particulièrement élevé, leur montant – près de 14000 francs ‒ plaçait Corbineau dans la frange supérieure des officiers ainsi récompensés. Par comparaison, de nombreux généraux de brigade – à l’exemple d’Avrange d’Haugeranville ‒ étaient quant à eux pourvus de rentes atteignant 18000-20000 francs (16). Dans les faits, les rentes semblent avoir été très irrégulièrement perçues. Le 29 novembre 1811, Corbineau se plaignit ainsi de « n’avoir touché depuis le 1er juillet 1810, époque à laquelle il lui était déjà dû 3588 francs (…), que la somme de 5.800 francs ».

Paraître, mais sans ostentation …

Dans la France du début du XIXe siècle, disposer d’une représentation de soi ou de ses proches ne se résumait guère à la seule volonté de conserver la mémoire des êtres chers. Aux côtés d’autres objets d’ostentation agrémentant l’espace domestique, le portrait servait en effet à témoigner du rang et de la visibilité des élites – civiles ou militaires – de la nouvelle société post-révolutionnaire, et contribuait à leur promotion sociale. Assurément fier de son nouveau statut, Jean-Baptiste Juvénal se fit donc représenter en uniforme de colonel. Vêtu d’un discret surtout rehaussé de sa Légion d’honneur, Corbineau y démontrait toutefois sa sensibilité aux modes militaires. En effet, le collet vert de son habit s’ornait d’une patte de drap jonquille, disposition alors très en vogue au sein de la cavalerie impériale.

… et se marier.
Jean-Baptiste Juvénal Corbineau Portrait colonel du 20e régiment de dragons

Jean-Baptiste Juvénal Corbineau en uniforme de colonel du 20e régiment de dragons, vers 1807-1808 – Peintre et localisation actuelle inconnus. Une pose  similaire fut de nouveau employée en 1813, lorsque Corbineau devint aide de camp de l’Empereur.

Le 26 octobre 1808, Corbineau épousa, à Paris, Agathe-Rose Delphine Sanlot, de huit ans sa cadette (17). Telle décision le distinguait de ses homologues, qui furent nombreux à se marier après la chute de l’Empire, au printemps 1814. Toutefois, les futurs époux avaient dû se soumettre à une procédure préalable strictement réglementée. En effet, le pouvoir envisageait le mariage comme un moyen de contrôler la position sociale des officiers, en encourageant les alliances entre militaires et élites de la société civile. Et de fait, un décret impérial du 16 juin 1808 rappelait aux militaires désireux de se marier, l’obligation d’obtenir – sous peine de destitution ‒ l’accord du ministère de la Guerre. La situation de la prétendante était, elle aussi, examinée sur les plans financier, politique et moral. Pour ce faire, les autorités locales menaient une enquête sur la jeune fille à marier et sur sa famille. Etaient ainsi étudiées la moralité et la fortune dont pouvait jouir la future épouse. Dans le cas d’Agathe-Rose Delphine Sanlot, l’issue fut heureuse. Au demeurant, la réputation de son père – fermier-général adjoint en 1772, commissaire à la Comptabilité Nationale en 1800, maître des Comptes sept ans plus tard ‒ était bien assise à Paris, où il résidait au 2, rue Le Peletier (9e arrondissement). Barbé-Marbois notait d’ailleurs que « doyen de la Cour [des Comptes], c’était un homme estimable, mais qui n’avait jamais été très habile pour les affaires » (18). Le contrat de mariage fut définitivement établi le 24 octobre 1808 ; Napoléon, Joséphine et Hortense de Beauharnais, mais également Cambacérès – entre autres ‒ apposèrent chacun leur signature au bas du document (19).

Des expériences contrastées dans le « guêpier espagnol » (novembre 1808-1811).

Fraîchement marié, Corbineau partit rejoindre son 20e régiment de dragons, chargé de combattre en Espagne. Quelques mois plus tôt, il n’imaginait guère être envoyé dans la Péninsule Ibérique. Cependant, « la défaite du général Dupont à Baylen et la reprise en main du dossier espagnol par Napoléon firent converger au-delà des Pyrénées la majeure partie de la Grande Armée » (20). Dans la légende napoléonienne, les campagnes livrées dans la Péninsule ne brillent certes pas du même éclat que celles livrées en Allemagne et dans l’est de l’Europe de 1805 à 1807. Pour autant, Jean-Baptiste Juvénal s’y distingua à de multiples reprises.

La gloire à Ocana …
Cavalier du 20e régiment de dragons 1807-1812

Cavalier du 20e régiment de dragons en vedette, 1807-1812 – Carte postale coloriée.

Tudela, une victoire remportée par les troupes du maréchal Lannes le 23 novembre 1808, constitua sans doute son baptême du feu en Péninsule. Les trois premiers mois de l’année 1809 furent, quant à eux, l’occasion d’une succession de combats à une centaine de kilomètres au sud de Madrid. Intégré à la 3e division de dragons du général Milhaud, appartenant elle-même au 4e corps du général Sébastiani, le régiment prit part au combat de Ciudad-Real qui, le 27 mars, vit la déroute des Espagnols. Le 8 novembre, les dragons se heurtèrent aux cavaliers espagnols du général Freire entre La Guardia et Dos Barrios, non loin de la grand-route menant à Madrid. Deux jours plus tard, forcée d’opérer sa retraite, la cavalerie espagnole affronta de nouveau son homologue française forte de six escadrons seulement. Face à la supériorité numérique de l’adversaire, ceux-ci se replièrent derrière le 7e régiment d’infanterie polonaise. « Après quelques charges qui amenèrent la cavalerie ennemie sous le feu du régiment polonais formé en carré, les dragons français culbutèrent les escadrons nombreux qui leur étaient opposés et leur firent éprouver de grandes pertes, surtout aux carabiniers royaux » (21). Le 18, le 20e régiment de dragons ‒ soit 254 cavaliers répartis en deux escadrons ‒ prit part à un engagement de cavalerie de grande ampleur. Son action est documentée par un rapport ‒ d’une grande qualité informative ‒ dû au général Sébastiani, présent ce jour-là à l’avant-garde. Assurant que la division Milhaud se trouvait en position d’infériorité numérique manifeste, il y expliquait s’être « porté de front avec les dragons sur la ligne ennemie, qui montra de l’assurance (…) ». «  Inquiet sur l’issue d’un combat aussi inégal », il fut soulagé de voir « l’ennemi se ployer en colonnes, pendant que quatre régiments s’avançaient sur [lui] ». Tirant profit de ce mouvement, il « culbuta l’ennemi sur toute la ligne », puis le « poursuivit pendant trois-quarts de lieue » (22). Sébastiani évaluait les pertes subies par la cavalerie espagnole à 500 hommes et 100 chevaux tués ; le maréchal Soult ramena ces chiffres à 300 hommes tués, 800 blessés, 80 prisonniers et 500 chevaux capturés. Le lendemain, se déroula la bataille d’Ocana. Selon le rapport rédigé par Soult lui-même, il revenait à la cavalerie du général Sébastiani de « manœuvrer de manière à soutenir l’infanterie, en avançant toujours vers la gauche pour déborder l’aile droite de l’armée espagnole » (23). Celle-ci parvint effectivement à enfoncer l’adversaire, dès lors mis en complète déroute. Par conséquent, près de 18000 soldats espagnols furent faits prisonniers, tandis que 30 pièces d’artillerie et 25 drapeaux furent pris. Comme l’avance Pierre Juhel, Ocana fut assurément « la plus grande victoire de l’armée d’Espagne ». Au vrai, il s’agit là d’un des rares faits d’armes de cette armée à avoir bénéficié d’une place honorable dans la mémoire collective. Probablement est-ce à ce titre que de précédentes biographies tinrent absolument à souligner l’action de Corbineau lors de cet engagement. Ses mérites ne sauraient d’ailleurs être oblitérés et lui valurent les éloges de ses supérieurs. Sébastiani notait ainsi qu’il s’était « comporté avec distinction » lors du combat de cavalerie du 18. Le lendemain, Soult remarquait, pour sa part, que « le colonel Corbineau du 20e dragons, qui a commandé la 2e brigade après la mort du colonel Vial, a déployé les plus grands talents ».

… les honneurs du Moniteur (hiver 1810) …

Le colonel entama 1810 comme il avait terminé 1809. Le 28 janvier, au combat d’Alcala-la-Real, il fit des prodiges dont les journaux français et étrangers se firent l’écho à la fin du mois suivant. Le Moniteur, L’Ambigu et les Nouvelles littéraires et politiques de Mannheim reproduisirent ainsi une lettre du maréchal Soult assurant que « le colonel Corbineau, à la tête du 20e régiment et de 1000 voltigeurs (…) chargea aussitôt [la cavalerie du général Freire], la culbuta, et la poursuivit l’épée dans les reins pendant trois lieues, lui tua plus de 200 hommes, et prit 214 cavaliers dont 15 officiers, parmi lesquels le colonel [Urbina]du régiment de Ferdinand VII. On prit aussi 300 chevaux. Le restant de cette troupe se dispersa et s’en fut porter l’épouvante dans Grenade » (24). Le lendemain, la ville capitula et les troupes françaises y firent leur entrée : accompagné des voltigeurs réunis, le 20e régiment de dragons eut l’insigne honneur d’ouvrir le défilé. Quant au général Sébastiani, il jeta son dévolu sur l’Alhambra – l’ancien palais de la dynastie nasride – et y établit son quartier-général. A en croire plusieurs dictionnaires biographiques des années 1860, Corbineau aurait, peu après, été nommé gouverneur de la place andalouse. Or, son dossier personnel demeure muet sur ce point.

… et les horreurs de la guerre : d’implacables opérations anti-insurrectionnelles (automne 1809-printemps 1810).
L'assassinat guérilla Espagne Lithographie Engelmann d'après Bacler d'Albe

« L’assassinat – Un Français s’était endormi près de la route de Soria. Le convoi était à peine éloigné qu’il est égorgé » – Lithographie d’Engelmann d’après un dessin de Bacler d’Albe, années 1820. Due à un vétéran de la guerre en Péninsule, cette représentation confère aux guérilleros le visage du brigand.

Les armées impériales étaient arrivées en Espagne avec l’idée de se cantonner dans la routine quotidienne de l’occupation, comme elles l’avaient fait sans difficultés majeures en Allemagne, en Europe centrale ou – dans une moindre mesure ‒ en Italie. Cette illusion s’avéra éphémère. Comme le rappelle Vittorio Scotti-Douglas, « communications et transports pour le ravitaillement des armées, des villes et des garnisons, furent sans doute les points faibles du système d’occupation impérial en Espagne ». En outre, la guérilla espagnole opposa une résistance opiniâtre « aux exactions et aux réquisitions de récoltes, denrées alimentaires et bétail, dont les paysans étaient les principales victimes » (25). Par conséquent, elle mobilisa une quantité considérable de troupes impériales dans des fonctions de police, de maintien de l’ordre et de contre-insurrection. Dès le 23 novembre 1809, le 20e régiment de dragons – composante d’une colonne mobile comprenant également deux bataillons du 58e régiment d’infanterie de ligne ‒ s’employa à disperser plusieurs bandes d’insurgés opérant aux alentours de Soria. Au mois de mai 1810, les guérilleros se révélèrent des plus actifs sur les rivages de la Méditerranée, interceptant les communications des troupes françaises. Aussi Corbineau fut-il placé à la tête d’une colonne chargée de réduire des groupes d’insurgés réunis dans le village de Cazorla. Ce choix n’était guère surprenant ; Nicolas Cadet remarque à ce propos que « bon nombre des officiers français qui s’illustrèrent dans la lutte contre les insurgés espagnols avaient auparavant servi en Italie du Sud » (26). Les méthodes expérimentées dans le sud de l’Italie afin de venir à bout des rebelles furent de nouveau employées pour tenter de dompter l’insurrection espagnole. Les Souvenirs et fragments pour servir aux Mémoires de ma vie et de mon temps du marquis de Bouillé révèlent que Corbineau commandait à « huit compagnies de voltigeurs [environ 980 hommes] et 200 dragons » (27). Hommes de petite taille, lestes, mobiles et rapides, ces fantassins étaient entraînés à combattre en tirailleurs et savaient non seulement anticiper les mouvements de l’adversaire, mais encore utiliser les aspérités du terrain pour progresser. Les dragons, arme polyvalente, se montraient d’une efficacité redoutable face aux insurgés qui, surpris en terrain dégagé, ne disposaient pas de baïonnettes et ne savaient pas constituer des formations défensives compactes. L’objectif avéré était de prendre en tenailles les insurgés puis de leur couper toute possibilité de retraite, puisque « l’attaque était menée conjointement avec une colonne qui marchait de Jaen pour le même objet ». Or, à l’arrivée des troupes impériales, la ville avait été « presque entièrement évacuée : 7 à 800 habitants armés s’étaient portés sur les hauteurs qui la dominent et sur un plateau entre elle et la Hiruela, d’où ils descendirent pour attaquer le colonel Corbineau ». Mal leur en prit, puisque ce dernier « marcha aussitôt à eux, les dispersa et après leur avoir tué 30 hommes, s’empara de Cazorla ». Dès lors, une implacable répression s’exerça sur cette localité : « les troupes savaient que les barbares habitants de cette ville avaient fait périr dans les tourments une quinzaine de prisonniers, faits précédemment sur un détachement de la garnison de Jaen. Un sentiment naturel de vengeance les rendit cruelles à leur tour : les habitants qui tombèrent sous leurs mains furent passés au fil de l’épée ; la ville fut livrée au pillage et réduite en cendres et, le 5 [juin], cette colonne rentra à Guadix ». Ce témoignage souligne la déshumanisation et l’animalisation mutuelles qui caractérisèrent les adversaires de ce conflit non-conventionnel. Il démontre également que la culture de la guerre régulière des militaires se trouvait déréglée et exacerbée par la confrontation avec la culture de la guerre insurrectionnelle – « monstrueuse » à leurs yeux ‒ pratiquée par des rebelles immergés au sein de la population civile.

Les stigmates du conflit : fatigues et doutes (été 1810).

Est-ce à dire que ces opérations de contre-guérilla affectèrent profondément Jean-Baptiste Juvénal ? Du moins peut-on l’envisager. La campagne d’Espagne était en effet très mal perçue et suscita même chez certains gradés un véritable dégoût de la vie militaire. Pour autant, notre homme projeta-t-il de demander sa mise en retraite ? Sa fonction l’en empêchait : dans la culture militaire de l’époque, il était en effet impensable qu’un officier supérieur sollicitât prématurément sa retraite sans motif valable. « La fatigue ou les rhumatismes – dont souffraient près de 70% des officiers de carrière – ne sauraient être considérés comme des raisons suffisantes pouvant justifier un départ du service actif » (28), confirme Stéphane Calvet. En tout cas, Napoléon accorda à Corbineau un congé de quatre mois afin de « prendre en France des eaux minérales qui lui sont ordonnées, et pour suivre ensuite dans ses foyers les traitements qui seront nécessaires à sa santé » (29). Telle décision, éloignant le colonel du « guêpier espagnol », arrivait indéniablement à point nommé.

Bruits de bottes (automne-hiver 1811) …

Retourna-t-il en Péninsule ? Probablement, quoique son dossier personnel ne souffle mot sur le sujet. Reste que le 6 août 1811, Jean-Baptiste Juvénal Corbineau fut nommé général de brigade, promotion récompensant vraisemblablement ses actions d’éclat en Espagne. Le 30 novembre, l’Empereur envisagea d’envoyer les généraux Corbineau et Séron dans la 30e division militaire (30) ;  seul le second s’y rendit effectivement. Au vrai, Napoléon nourrissait d’autres desseins pour le premier. Dès l’automne, « [il] n’eut de cesse de travailler à la mise en place des douze corps appelés à former sa Grande Armée (…) pour la campagne de Russie. Il lui fallait personnellement s’assurer que tous les hommes seraient prêts pour le grand choc à venir » (31), affirme Marie-Pierre Rey. A la fin du mois de décembre, l’organisation de sa cavalerie accapara tout particulièrement son attention. Le 24, il adressa au général Durosnel une demande urgente de renseignements sur 17 généraux de brigade de cavalerie. En outre, il s’enquérait de « quels étaient les quatre meilleurs et les plus propres à être employés dans la cavalerie légère et à faire le service d’avant-postes, et ceux à employer dans la cavalerie de ligne ». Le lendemain, son choix désormais arrêté, il dicta deux lettres (32) – l’une adressée à Clarke, l’autre à Lacuée ‒ qui mettent en exergue « la précision méticuleuse » le caractérisant. De fait, de larges extraits en sont ici reproduits :

Monsieur le duc de Feltre,

Il sera formé douze brigades de cavalerie légère française et une brigade de cavalerie légère italienne. Ces brigades de cavalerie légère seront organisées de la manière suivante et porteront les numéros ci-après :

(…) 6e brigade commandée par le général de brigade Corbineau

  • 7e régiment de chasseurs
  • 20e régiment de chasseurs
  • et 8e régiment de chevau-légers.

Les généraux Corbineau, Saint-Génies, Burthe et Mouriez recevront l’ordre d’aller passer la revue des régiments de leur brigade, de recevoir les chevaux, et prendront toutes les mesures nécessaires pour que ces régiments puissent entrer en campagne le plus forts que possible en février. Ils verront le ministre de l’administration de la guerre pour prendre ses instructions. Ils séjourneront alternativement à l’un et à l’autre régiment.

Monsieur le comte de Cessac,

Je vous envoie l’état de la formation des brigades de cavalerie légère, telles que je viens de les organiser. Vous verrez que chaque brigade a dès à présent son général de brigade, qui peut être chargé de procéder aux remontes. Voyez ces généraux avant leur départ et mettez-les au fait de ce qui concerne leur brigade. Ils sont chargés d’en passer la revue, de veiller à la réception des chevaux et à ce que tout soit de nature et susceptible d’un bon service.

Faites-moi connaître où les quatre brigades doivent se remonter. Tous ces régiments doivent finir par se diriger sur Mayence, Düsseldorf et Münster. On pourrait même les réunir dans des points centraux sur le Rhin, si les remontes devaient venir de ce côté. J’attendrai un rapport là-dessus.

De 1806 à 1811, Jean-Baptiste Juvénal Corbineau cumula les promotions et les récompenses. Nommé successivement major, colonel puis général de brigade, tout en recevant le grade de commandant de la Légion d’honneur et le titre de baron d’Empire, son ascension paraissait irrésistible. Corbineau appartenait à un groupe d’hommes dont l’accession aux hautes responsabilités et aux fonctions honorifiques avait été facilitée par le pouvoir impérial. En cette fin d’année 1811, il se préparait à une reprise de la guerre. Plus encore, il allait bientôt devenir célèbre dans toute l’armée et entrer – quoique tardivement ‒ dans l’Histoire.

… « Avant le choc des titans » et l’« effroyable tragédie » (1812).

Si, d’un trait de plume, Napoléon avait réorganisé sa cavalerie, il revenait désormais à Clarke ‒ son ministre de la Guerre ‒ de composer avec des problématiques diverses, de faire face à des difficultés protéiformes, tout en faisant appliquer les décisions impériales. De fait, une lettre du 2 janvier 1812 informa Corbineau de sa nomination à la tête de la 6e brigade de cavalerie légère, de la composition de cette unité, mais également de sa destination initiale : Strasbourg (33). Des lettres de service accompagnaient cet envoi. Or, à la fin du mois, Jean-Baptiste Juvénal n’avait pas encore quitté la capitale. De fait, une lettre de Tabarié, chef de division au ministère de la Guerre, lui intima cette fois l’ordre de se rendre en chaise de poste à Münster, où il devait arriver le 15 février dernier délai (34).

Composer avec l’existant : une brigade de cavalerie légère à la veille de la campagne de Russie (février-début juin).

Dans quel état trouva-t-il sa brigade, attachée au corps d’armée du maréchal Oudinot ? Les Mémoires de Saint-Chamans, colonel du 7e régiment de chasseurs, et ceux de Curély, chef d’escadron au 20e régiment de chasseurs, permettent d’en brosser un aperçu relativement fidèle. Saint-Chamans assurait ainsi que son prédécesseur – le colonel Montbrun ‒ avait fort mal administré son régiment. En outre, la remonte faisait cruellement défaut au sein de son unité. A la mi-février, il manquait « une très grande quantité de chevaux », qui furent finalement obtenus à Hanovre. Quant aux cavaliers, il s’agissait « de jeunes recrues, parties des dépôts de France sans avoir encore appris à monter à cheval, ni aucun des devoirs du cavalier en route ou en campagne (…). Ils reçurent de très beaux chevaux, à la vérité, qu’ils n’étaient pas capables de monter » (35). De nombreuses montures furent d’ailleurs blessées au cours de leur transfert de Hanovre à Berlin. Le colonel du 7e régiment de chasseurs imputait cet état de fait à la piètre qualité de la sellerie, mais également à la mauvaise position des cavaliers à cheval. Curély, pour sa part, regrettait l’inexpérience des colonels de la brigade Corbineau : « tous les trois sortaient des états-majors des princes d’alors et tous trois étaient jeunes. Pour autant, je ne veux rien ôter de leurs qualités, ni de leur bravoure (…) » (36). Enfin, à l’instar des autres brigades de cavalerie constituées en décembre 1811, celle du général Corbineau intégrait une unité composée de cavaliers étrangers : le 8e régiment de chevau-légers lanciers polonais. Formé à l’aide du 2e régiment de lanciers de la légion de la Vistule, il était commandé par le colonel Lubienski. Telle situation impliquait des difficultés au quotidien et un manque patent de cohésion.

La 1ère bataille de Polosk, un épisode à (faire) oublier (17-18 août).

Ayant réalisé des réquisitions très abondantes en Prusse et en Pologne, le corps d’armée d’Oudinot « traînait à sa suite de riches troupeaux et des parcs immenses de voitures chargées de vivres » à son arrivée sur le Niémen. Passée en revue par l’Empereur le 17 juin, la brigade Corbineau franchit le fleuve le 24 et envoya aussitôt des patrouilles en reconnaissance ; néanmoins, seuls quelques cosaques furent signalés. Dans les premiers jours de juillet, l’unité assura la liaison entre les corps des maréchaux Oudinot et Macdonald ; puis, chargée de la surveillance des gués sur la Drissa, elle eut à affronter un millier de cosaques les 28 et 30 juillet.

Eté 1812, quelque part en Russie … Monté sur un cheval arabe, Jean-Baptiste Juvénal Corbineau précède des cavaliers appartenant aux trois régiments de sa brigade. Issu du 2e régiment des lanciers de la Vistule, ce cavalier du 8e régiment de chevau-légers lanciers a protégé la flamme de sa lance dans un étui dédié. Suivent un chasseur à cheval du 7e régiment (distinctive rose) et un autre appartenant à la compagnie d’élite du 20e régiment (distinctive aurore). A noter que leurs chevaux sont marqués au fer sur la fesse gauche, ainsi que le prescrit le Règlement concernant le service intérieur, la police et la discipline des troupes à cheval du 24 juin 1792. Infographie originale de Marc Morillon, DR.

Par conséquent, les cavaliers durent attendre les 17 et 18 août pour ‒ enfin ‒ livrer bataille aux troupes russes, non loin de la ville de Polosk. « Cette affaire, fort belle pour le général Gouvion Saint-Cyr, et qui lui fit donner aussitôt le bâton de maréchal, fut assez triste pour notre brigade ; car le 20e chasseurs et le 8e lanciers furent encore plus malmenés que mon régiment », nota laconiquement Saint-Chamans. Curély, arrivé en Russie trois jours après cet événement, se montra bien moins allusif ; à l’en croire, le 20e régiment de chasseurs avait été « mal dirigé ». Successeur du maréchal Oudinot à la tête du 2e corps, le général Gouvion Saint-Cyr fit, quant à lui, état d’un mouvement de panique. A vrai dire, les chasseurs avaient été vivement chargés par plusieurs escadrons de cuirassiers russes. Affaiblis physiquement et psychologiquement par la fatigue, l’inconfort et les maladies, ils se montrèrent très sensibles à la pression émotionnelle induite par la bataille, pression que bien des soldats aguerris ne contrôlaient d’ailleurs guère mieux. Selon François Houdecek, la panique qui survint dans leurs rangs constituait assurément « l’explosion finale d’une peur collective longtemps contenue et qui ne pouvait plus être refoulée » (37). Spectaculaire, ce mouvement incontrôlable ne fut pas sans conséquences. Tactiques tout d’abord, puisque à en croire Gouvion Saint-Cyr, la cavalerie lourde russe poursuivit son mouvement offensif : elle massacra les servants d’une batterie d’artillerie bavaroise et s’empara de deux pièces. Morales également, comme le révélait Curély : « lorsqu’ils rencontraient le 20e chasseurs ou des hommes de ce régiment, les officiers et les soldats du corps d’armée les montraient du doigt. J’en rougissais. Un jour, des soldats d’infanterie, me voyant passer avec quelques chasseurs, s’écrièrent assez haut pour que je puisse l’entendre : ‘Voici ceux qui courent si bien’ » (38). « La société militaire du 1er Empire plongeait ses fondements dans la discipline et l’honneur ». De la sorte, « montrer sa peur au combat sous l’Empire, c’était se rendre ridicule et perdre la face », constate François Houdecek. Des soupçons de lâcheté pouvaient entraîner une mise à l’écart individuelle ou – dans le cas des cavaliers de la brigade Corbineau ‒ collective. Pour la première fois, Jean-Baptiste Juvénal lui-même fut implicitement critiqué pour sa façon d’exercer son commandement sur un champ de bataille ; son honneur avait également été écorné. Nulle surprise à ce que ses biographes successifs ne se soient pas appesantis sur la 1ère bataille de Polosk.

L’honneur restauré : avant-postes et arrière-garde (octobre).

Le 1er septembre, la brigade établit ses bivouacs sur la rive droite de la Dwina, avant d’être envoyée à Sarnopol. Tandis que le gros des forces de Napoléon se dirigeait vers Moscou, hommes et chevaux purent y reprendre des forces. Le 16 octobre, attaqué par les troupes russes de Wittgenstein supérieures en nombre, le corps d’armée de Gouvion Saint-Cyr se replia sur Polosk. Des patrouilles de cavalerie furent dès lors envoyées en amont et en aval de ladite ville, le long de la Dwina. Leurs rapports se montrèrent rassurants, à tort cependant. En effet, Corbineau n’avait pas poussé plus loin que l’Ouzacz car ses chevaux – à en croire Gouvion-Saint-Cyr – étaient exténués. Sa brigade avait toutefois rencontré quatre ou cinq escadrons de hussards russes soutenus par quelques compagnies d’infanterie appartenant au corps russe du général Steinheil, dont l’arrivée n’était pourtant guère envisagée. Quoi qu’il en soit, les troupes françaises repassèrent la Dwina sans pertes significatives deux jours plus tard. « Du 19 au 23, nous nous battîmes tous les jours avec la cavalerie russe », se remémorait le colonel de Saint-Chamans. Le 24, vers 10h du matin, la brigade Corbineau – chargée de couvrir la retraite du corps bavarois du général de Wrède – affronta une nouvelle fois de nombreux escadrons russes. Saint-Chamans et Curély en donnèrent, avec force détails, des récits tout à la fois concordants et complémentaires ; signe que ce combat livré dans les défilés de Boniona était infiniment plus digne de mémoire que la bataille de Polosk.

« Un gué pour traverser la Bérézina » et sauver une armée (21-29 novembre).

« Etude pour une retraite de Russie, 1812 » – Dessin de Pierre-Georges Jeanniot (1848-1934). Des officiers d’un état-major cheminent dans le froid du mois de novembre 1812.

La fin du mois d’octobre et le début de celui de novembre s’avérèrent particulièrement sombres pour le 2e corps d’armée. Certes, Oudinot – rétabli de sa blessure – en avait repris le commandement. Cependant, suite à la prise de Polosk, l’armée de Wittgenstein avait franchi la Dwina et infléchi sa marche vers le sud-ouest. Incapable de reprendre pied sur la rive droite de cette rivière, Oudinot fut – pour sa part – forcé de rétrograder en direction de Borisow et de la Bérézina avec des forces réduites à moins de 9000 hommes. Outre la progression – au sud – de l’armée de l’amiral Tchitchagov en direction de Minsk, ce repli des troupes d’Oudinot formait également une fort mauvaise nouvelle pour Napoléon. Pour gagner Vilna, les restes de la Grande Armée devaient désormais emprunter non plus la route suivie à l’aller, mais celle d’Orcha et de Borisow. Ils étaient de surcroît contraints de franchir la Bérézina avant la jonction des troupes de Wittgenstein et Tchitchakov.

Lors de la première quinzaine du mois de novembre, la brigade Corbineau partagea la marche des Bavarois du général de Wrède. Pourtant, ce dernier n’aurait nullement dû garder cette unité à son service. Au demeurant, une lettre du maréchal Oudinot datée du 7 novembre le lui avait rappelé. Or, Corbineau attendit le 18 pour se séparer des troupes bavaroises et rejoindre effectivement Oudinot. Pour autant, sa brigade était complètement isolée du reste du 2e corps. Aussi, une « marche hardie » (39) occupa-t-elle les trois jours suivants, épuisant montures et cavaliers. Ces derniers couchèrent « dans un hameau de Vilna à Borisow le 19, à Pleshansvni le 20 ». Objectif : Borisow. Toutefois, dans la soirée du 21, « le général apprit que les troupes russes venaient de s’emparer de Borisow avec des forces considérables (…). Il apprit en même temps qu’il existait, vis-à-vis de Wesselowo, un gué [celui de Studianka] pour traverser la Bérézina. Il se décida à passer cette rivière, et à dix heures du soir, la brigade était à cheval, précédée par un paysan également à cheval, et pris dans la ferme pour servir de guide. Le 20e ayant la tête de colonne, nous passâmes et les chevaux ne nagèrent pas plus de vingt pas. On ne perdit ni un homme, ni un cheval », détaillait Curély avec sa verve et sa précision caractéristiques.

29e Bulletin de la Grande Armée, Maladetchna, 3 décembre 1812. Il s’agit assurément d’un des Bulletins les plus célèbres de la décennie impériale. Il créa la légende selon laquelle le froid aurait vaincu la Grande Armée. En outre, s’il reconnaissait le désastre qu’avait subi cette dernière, le Bulletin se montrait néanmoins allusif quant à l’ampleur des pertes, allant jusqu’à annoncer que les troupes se reconstituaient. Enfin, Napoléon salua la bravoure des uns et des autres. Un hommage appuyé fut ainsi rendu aux maréchaux Ney et Victor, ainsi qu’aux généraux Doumerc et Grouchy. Les mérites de Corbineau furent néanmoins omis.

« Où traverser ? Comment ? Depuis le 22 novembre, cette question hantait le proche entourage de l’Empereur » (40), assure Marie-Pierre Rey. Large, boueuse, charriant de nombreux blocs de glace, la Bérézina se dressait en effet, menaçante, face aux avant-gardes françaises. S’ajoutait la menace représentée par trois armées russes – commandées respectivement par Wittgenstein, Koutousov et Tchitchagov ‒, bien décidées à écraser définitivement la Grande Armée en retraite. Or, ce fut précisément au cours de cette matinée du 22 que Corbineau adressa au maréchal Oudinot un rapport dans lequel il relatait la « découverte » fortuite du gué de Studianka. Conscient de l’importance capitale de cette nouvelle, Oudinot en informa Napoléon séance tenante (41). Epuisés, chasseurs à cheval et lanciers de la brigade Corbineau furent envoyés bivouaquer au village de Reschyniscko, où ils passèrent la nuit du 22 au 23. « Ce même soir, l’Empereur fit appeler le général Corbineau pour apprendre de lui où il avait passé la Bérézina et, dès lors, il fut décidé que l’armée passerait pas Wesselowo [le gué de Studianka] au cas où l’ennemi brûlerait le pont de Borisow ». Au demeurant, le site était propice à une tentative de franchissement : à cet endroit, la rivière était large d’environ 110 mètres et sa profondeur n’excédait guère 2 mètres. « Ses eaux sont si vives que, quelle que soit l’intensité du froid, ses eaux gèlent rarement, si ce n’est sur ses bords », précisait le préfet du Palais Bausset. En l’absence des traditionnels bateaux ‒ détruits quelques jours auparavant ‒, la construction de simples ponts à chevalets fut promptement envisagée. Et de fait, les quelques pontonniers présents sur place se mirent à l’ouvrage, improvisant des chevalets à l’aide de fers et de clous retirés aux caissons d’artillerie et de bois arraché aux rares maisons des alentours. Aux premières heures du 25, l’arrivée du général Eblé ‒ accompagné de six caissons de matériel, de deux forges de campagne, de deux voitures de charbon ainsi que de 400 pontonniers tout dévoués à leur chef ‒ améliora indéniablement la situation. Le 26, travaillant sans relâche dans une eau glacée, les hommes d’Eblé virent leurs efforts couronnés de succès : à l’aube, les chevalets étaient prêts à être mis à l’eau et, dans l’après-midi, un premier pont s’avérait praticable. La traversée de la rivière pouvait dès lors commencer ; elle allait durer deux jours et demi et entrer dans la légende napoléonienne. Emportant en croupe un voltigeur, les cavaliers de la brigade Corbineau avaient été les premiers à franchir la Bérézina. Dès lors, formés en bataille sur la rive droite, ils avaient repoussé les cosaques,  facilitant d’autant le franchissement des ponts.

L’Histoire et la légende.
Passage de la Bérézina gravure d'après Raffet

« Passage de la Bérézina » – Gravure d’après un dessin de Raffet, années 1840. Dès cette époque, le franchissement de ce cours d’eau ne fut guère évoqué sous son aspect technique ou tactique, mais bien sous son aspect dramatique.

« C’est La Bérézina ! ». Quoique le contexte des journées terribles de cette fin d’automne 1812 se soit depuis longtemps évanoui, l’expression a droit de cité dans le patrimoine linguistique national. A partir de 1870, la mémoire collective des Français « a effacé le souvenir de l’opération proprement dite pour ne plus retenir que l’énorme catastrophe, le gigantesque drame humain, comme illustration de ce que la guerre peut avoir de plus horrible, de plus absurde et de plus injuste. Pour ces raisons, La Bérézina est devenue dans l’inconscient collectif des Français un véritable ‘lieu de mémoire’, mais un lieu de mémoire négatif, celui, par excellence, du ‘désastre’ » (42), rappelle avec justesse Jean-Louis Riccioli. Or, l’historiographie récente a, pour sa part, mis l’accent sur la « victoire militaire » (43) qu’impliquait le franchissement de la rivière. Cette délicate opération réussie, les débris de la Grande Armée purent en effet échapper au sort que leur réservaient les troupes russes. Drame incontestable, le franchissement de la Bérézina correspondait tout autant à un succès tactique, remporté par la volonté d’hommes déterminés, courageux, voire héroïques.

Quid du général Corbineau ? La découverte « presque fortuite » ‒ sinon « miraculeuse » ‒, d’un gué sur la Bérézina lui fut associée sa vie durant. Les dictionnaires biographiques, l’Histoire du Consulat et de l’Empire d’Adolphe Thiers, les mémoires des vétérans de la Grande Armée, voire les cours d’histoire d’une IIIe République en quête de héros, consacrèrent – quant à eux ‒ sa place au Panthéon de la gloire. Constat symptomatique : de tous les faits d’armes du général marchiennois, le seul qui retint durablement l’attention du public demeure celui accompli au gué de Studianka, à la tête de sa brigade de cavalerie légère.

Pour autant, pasticher Victor Hugo serait tout à la fois présomptueux et inutile : Jean-Baptiste Juvénal Corbineau n’est pas l’homme qui a gagné la bataille de la Bérézina. D’ailleurs, la paternité de la « découverte » ne manqua pas d’alimenter les polémiques. Rédigeant ses Souvenirs, Curély fut près de se l’attribuer. De surcroît, créditer Corbineau de la découverte du gué de Studianka est-il justifié ? Plusieurs historiens actuels – au nombre desquels Ronald Pawly ‒ attribuent, eux, le premier franchissement du gué à la brigade de lanciers du général Colbert-Chabanais, et ce, dès l’été 1812 (44). Quoi qu’il en soit, Jean-Baptiste Juvénal put compter ‒ en cette nuit glaciale du 21 au 22 novembre 1812 ‒ sur des militaires intrépides, témoignant d’un sens exacerbé du devoir et disposant des aptitudes nécessaires à la réussite de leur mission. Sans doute bénéficièrent-ils également d’une part de chance ; car, comme l’assure Jean-Louis Riccioli, « la victoire de la Bérézina fut remportée par la volonté des hommes sur le fatum » (45).

(à suivre …)


Vifs remerciements à Marc Morillon, qui – de nouveau – a réalisé tout spécialement les infographies qui illustrent cet article et à Jean-Claude Colrat, qui a dessiné une représentation infographique du blason du baron Jean-Baptiste Juvénal Corbineau. 

Notes.

(1) Ont été spécifiquement consultés les articles de Didier Davin et Markus Gärtner, ainsi que l’ouvrage de Pierre Mercier, tous trois référencés dans la bibliographie.

(2) Service Historique de la Défense (Vincennes), dossier administratif de Jean-Baptiste Juvénal Corbineau. Lettre du lieutenant-général Mortier au colonel Evers, commandant la légion hanovrienne, 26 pluviôse an XII.

(3) Ibid. Lettre du général de brigade César Berthier au général Alexandre Berthier, ministre de la Guerre, 5 brumaire an XIII.

(4) Ibid. Mémoire du chef d’escadron Corbineau à Berthier, ministre de la Guerre, s.d [vendémiaire an XIII].

(5) Ibid. Lettre de Berthier, ministre de la Guerre, au colonel Evers, commandant la légion hanovrienne, 16 ventôse an XIII.

(6) Ibid. Décret impérial confirmant Jean-Baptiste Juvénal Corbineau comme chef d’escadron, 7 floréal an XIII.

(7) Cadet, Nicolas, Anatomie d’une « petite guerre » : La campagne de Calabre de 1806-1807, Revue d’Histoire du XIXe siècle, 30, 2005, p.1.

(8) Chuquet, Arthur, Ordres et apostilles de Napoléon (1799-1815), Honoré Champion, 1911, p. 93.

(9) Ibid.

(10) Wissocq, Fernand de, Trois soldats : Constant, Juvénal et Hercule Corbineau, 1904, p. 40.

(11) Journal Militaire, année 1807, 1ère partie, Paris, 1807, p. 84.

(12) Lettre de Constant Corbineau à sa sœur Eléonore, 14 janvier 1807, citée in Wissocq, François de, op.cit, p. 34-35.

(13) Tuetey, Louis, Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre, Editions Lavauzelle, 1912, vol.1, p. 654.

(14) Archives Nationales, Lettres patentes enregistrées au Sénat (1808-1814), CC//173, folio 30.

(15) Gaillot, Christian, Itinéraire d’un général de cavalerie sous l’Empire : Le comte Juvénal Corbineau (1776-1848), auto-édition, 1998, p.9.

(16) Levent, Loïc, Les officiers de l’armée du Consulat et de l’Empire (1800-1815) : Etude d’un échantillon représentatif, Mémoire de Master 2 Histoire contemporaine sous la direction de Jacques-Olivier Boudon, Université Paris IV Sorbonne, 2009, p. 152.

(17) Agathe-Rose Delphine Sanlot était née à Steney le 25 octobre 1784. Elle décéda à Paris le 8 juillet 1851, près de trois ans après son époux.

(18) Propos cités in Moinot, Pierre, La Cour des Comptes, Editions du CNRS, 1984, p. 378.

(19) Document vendu aux enchères chez Sotheby’s le 21 juin 2007.

(20) Clavet, Stéphane, Cambronne : La légende de Waterloo, Editions Vendémiaire, 2016, p. 121.

(21) Anonyme, Victoires et Conquêtes des Français (…) de 1792 à 1815, Panckoucke 10, 1838, p. 250.

(22) Service Historique de la Défense (Vincennes), 8C 34 n°54, Rapport du général Sébastiani à Carke, ministre de la Guerre, à propos du combat de cavalerie du 18 novembre 1809.

(23) Service Historique de la Défense (Vincennes), 8C 34 n°155, « Rapport général sur la bataille d’Ocana et les mouvements de l’armée impériale qui ont précédé », 4 décembre 1810.

(24) Lettre du maréchal Soult citée in Le Moniteur, 21 février 1810.

(25) Scotti-Douglas, Vittorio, « La guérilla espagnole dans la guerre contre l’armée napoléonienne », Annales Historiques de la Révolution Française, 30, 2005, p. 6.

(26) Cadet, Nicolas, op.cit, p. 14.

(27) Bouillé, Louis-Joseph-Amour marquis de, Souvenirs et fragments pour servir aux mémoires de ma vie et de mon temps, par le marquis de Bouillé (Louis-Joseph-Amour), 1769-1812, A. Picard et fils, 1911, vol.3, p. 334-335.

(28) Calvet, Stéphane, op.cit., p. 134.

(29) Service Historique de la Défense (Vincennes), op.cit. Lettre du maréchal Berthier à Clarke, ministre de la Guerre, lui annonçant que l’Empereur venait d’accorder un congé de convalescence de 4 mois au colonel Corbineau, 7 août 1810.

(30) Chuquet, Arthur, op.cit, p. 311.

(31) Rey, Marie-Pierre, Préface, in Lentz, Thierry (dir.), Napoléon Bonaparte : Correspondance générale publiée par la Fondation Napoléon – tome 12 – La campagne de Russie 1812, Fayard, 2012.

(32) Lettres n° 29458 et 29465, reproduites in Lentz, Thierry (dir.), Napoléon Bonaparte : Correspondance générale publiée par la Fondation Napoléon – tome 11 – Bruits de bottes avril 1811-décembre 1811, Fayard, 2015.

(33) Service Historique de la Défense (Vincennes), op.cit. Lettre de Clarke, ministre de la Guerre, au général de brigade Corbineau, 2 janvier 1812.

(34) Service Historique de la Défense (Vincennes), op.cit. Lettre de Tabarié, chef de la 2e division du ministère de la Guerre, au général de brigade Corbineau, 2 février 1812.

(35) Saint-Chamans, Alfred-Armand Robert, Mémoires du général comte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du maréchal Soult (1802-1832), Plon, 1896, p. 210-211.

(36) Curély, Jean-Nicolas, Le général Curély : Itinéraire d’un cavalier léger de la Grande Armée 1793-1815, publié, d’après un manuscrit authentique, par le général Thoumas, Berger-Levrault, 1887.

(37) Houdecek, François, « Combattre sous l’Empire : de la peur du conscrit à la médaille du héros », Napoleonica La Revue, 3, 2016, p. 98.

(38) Curély, Jean-Nicolas, op.cit.

(39) Cette expression est de Marcellin Marbot.

(40) Rey, Marie-Pierre, L’effroyable tragédie : Une nouvelle histoire de la campagne de Russie, Flammarion, 2012, p. 268.

(41) Cette lettre, adressée par Latrille de Lorencez, chef d’état-major du maréchal Oudinot, au maréchal Berthier, a été reproduite dans l’Introduction de la 1ère partie de cette trilogie.

(42) Riccioli, Jean-Louis, « Les pontonniers de la Révolution et de l’Empire », Soldats Napoléoniens (nouvelle série), 8, 2012, p. 28.

(43) Beaucour, Fernand,  Ivtchenki, Livia, Tabeur, Jean (dir.), La Bérézina : Une victoire militaire, Economica, 2006. Les auteurs de cet ouvrage collectif postulent que les combats de la Bérézina débouchèrent sur une victoire tactique des armées françaises, conséquence d’une manœuvre intelligente de l’Empereur, de l’abnégation des sapeurs et pontonniers de la Grande Armée, du courage des troupes encore constituées, mais encore des erreurs commises par les généraux russes. Toutefois, il s’agit assurément d’un succès éphémère dans le contexte d’un désastre militaire sans précédent.

(44) Ronald Pawly étaye cette assertion dans deux de ses travaux : tout d’abord in Les Lanciers Rouges de la Garde : Historique du 2e régiment de chevau-légers lanciers de la Garde Impériale – Les frères de Stuers au service de Napoléon n°2, Editions de la Belle-Alliance, 2008, puis de nouveau in « Les pontonniers hollandais, héros oubliés de la Bérézina », Soldats Napoléoniens, op.cit, p. 75-82, dans lequel il écrit que « [le 23 novembre 1812], Napoléon fit appeler le général Colbert, commandant le 2e régiment de chevau-légers de la Garde impériale qui a traversé la rivière à gué avec ses fameux lanciers rouges dans la nuit du 13 juillet. Le général indique sur la carte la position du gué de Wesselowo, près de Studienka ».

(45) Riccioli, Jean-Louis, op.cit, p. 37.


Sources consultées et bibliographie.

  • Pièces conservées aux Archives Nationales de Pierrefitte-sur-Seine et au Service Historique de la Défense de Vincennes.
  • Diverses notices de dictionnaires biographiques.
  • Beaucour, Fernand,  Ivtchenki, Livia, Tabeur, Jean (dir.), La Bérézina : Une victoire militaire, Economica, 2006.
  • Bouillé, Louis-Joseph-Amour marquis de, Souvenirs et fragments pour servir aux mémoires de ma vie et de mon temps, par le marquis de Bouillé (Louis-Joseph-Amour), 1769-1812, A. Picard et fils, 1911.
  • Brun, Jean-François, « Les unités étrangères dans les armées napoléoniennes : un élément de la stratégie globale du Grand Empire », Revue Historique des Armées, 255, 2009.
  • Cadet, Nicolas, Anatomie d’une « petite guerre » : La campagne de Calabre de 1806-1807, Revue d’Histoire du XIXe siècle, 30, 2005.
  • Calvet, Stéphane, Cambronne : La légende de Waterloo, Editions Vendémiaire, 2016.
  • Chuquet, Arthur, Ordres et apostilles de Napoléon (1799-1815), Honoré Champion, 1911.
  • Curély, Jean-Nicolas, Le général Curély : Itinéraire d’un cavalier léger de la Grande Armée 1793-1815, publié, d’après un manuscrit authentique, par le général Thoumas, Berger-Levrault, 1887.
  • Davin, Didier, « La légion hanovrienne au service de la France, 1803-1811 », Figurines, 104, 2013.
  • Gaillot, Christian, Itinéraire d’un général de cavalerie sous l’Empire : Le comte Juvénal Corbineau (1776-1848), auto-édition, 1998.
  • Gärtner, Markus, « La légion hanovrienne au service de la France – 2e partie ‒ le régiment de cavalerie : les chasseurs à cheval », Soldats Napoléoniens, 11, 2006.
  • Houdecek, François, « Combattre sous l’Empire : de la peur du conscrit à la médaille du héros », Napoleonica La Revue, 3, 2016.
  • Hourtoulle, François-Guy, Ney, le brave des braves, Editions Lavauzelle, 1981.
  • Juhel, Pierre O., 1808 : Ocana, la plus grande victoire de l’armée d’Espagne, Histoire et Collections, 2013.
  • Lentz, Thierry (dir.), Napoléon Bonaparte : Correspondance générale publiée par la Fondation Napoléon – tome 11 – Bruits de bottes avril 1811-décembre 1811, Fayard, 2015.
  • Lentz, Thierry (dir.), Napoléon Bonaparte : Correspondance générale publiée par la Fondation Napoléon – tome 12 – La campagne de Russie 1812, Fayard, 2012.
  • Levent, Loïc, Les officiers de l’armée du Consulat et de l’Empire (1800-1815) : Etude d’un échantillon représentatif, Mémoire de Master 2 Histoire contemporaine sous la direction de Jacques-Olivier Boudon, Université Paris IV Sorbonne, 2009.
  • Mercier, Pierre, La première occupation française du Hanovre (1803-1805), Editions Lacour, 2008.
  • Moinot, Pierre, La Cour des Comptes, Editions du CNRS, 1984.
  • Pawly, Ronald, Les Lanciers Rouges de la Garde : Historique du 2e régiment de chevau-légers lanciers de la Garde Impériale – Les frères de Stuers au service de Napoléon n°2, Editions de la Belle-Alliance, 2008.
  • Quintin, Bernard, Quintin, Danielle, Dictionnaire des colonels de Napoléon, Editions SPM, 1996.
  • Quintin, Bernard, Quintin, Danielle, La tragédie d’Eylau, 7-8 février 1807 : Dictionnaire biographique des officiers, sous-officiers et soldats tués ou blessés mortellement au combat, Archives et Culture, 2006.
  • Révérend, Albert, Armorial du 1er Empire, Honoré Champion, 1974.
  • Rey, Marie-Pierre, L’effroyable tragédie : Une nouvelle histoire de la campagne de Russie, Flammarion, 2012.
  • Riccioli, Jean-Louis, « Les pontonniers sous la Révolution et l’Empire », Soldats Napoléoniens (nouvelle série), 8, 2012.
  • Saint-Chamans, Alfred-Armand Robert, Mémoires du général comte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du maréchal Soult (1802-1832), Plon, 1896.
  • Scotti-Douglas, Vittorio, « La guérilla espagnole dans la guerre contre l’armée napoléonienne », Annales Historiques de la Révolution Française, 30, 2005.
  • Todisco, Umberto, Le personnel de la Cour des Comptes (1807-1830), Librairie Droz, 1969.
  • Wissocq, Fernand de, Trois soldats : Constant, Juvénal et Hercule Corbineau, 1904.
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