Jean-Baptiste Juvénal Corbineau, un inconnu illustre – Partie 4 (1816-1848, et au-delà)

Quinze années difficiles (1816-1830).

 Une infructueuse « entrée en politique » (1819-1820).

Les Bourbons une seconde fois restaurés, Jean-Baptiste Juvénal Corbineau dut, à l’instar de nombreux officiers généraux, se réadapter à la vie civile. Force est de constater qu’il ne resta guère inactif, comme spectateur des événements. Au contraire, il entra rapidement en politique. De fait, il rejoignit les rangs d’une opposition en cours de constitution agrégeant – dans une nébuleuse aux contours encore flous ‒ indépendants, bonapartistes, libéraux et orléanistes. En 1819, Jean-Baptiste Juvénal se présenta à la députation : il allait devoir mener campagne, conduire une véritable bataille politique. Or, dans ce domaine, le général se révélait novice. Néanmoins, dans un contexte où l’opinion publique était redevenue sensible à l’idée de « Grande Nation », « être un général d’Empire n’était pas un handicap, mais pouvait, à l’inverse, devenir un substantiel avantage » (1). Le général reçut d’ailleurs le soutien du Guide électoral, un ouvrage d’obédience libérale. Certes, si ses auteurs assuraient « ne répondre de qui que ce soit », ils recommandaient implicitement aux électeurs « quelques hommes dont la vie passée paraît être une garantie pour l’avenir » (2). Aussi, au même titre que d’autres ex-officiers de l’armée impériale, Jean-Baptiste Juvénal Corbineau eut-il les honneurs d’une élogieuse notice de quelques lignes. Fruit d’une « remise en ordre biographique » de bon aloi, elle était rédigée comme suit : « Corbineau (Jean-Baptiste Juvénal) est d’une race militaire, quoiqu’il ne porte pas les épaules élevées, selon le système de Chateaubriand. Il a fait les campagnes d’Allemagne et d’Espagne, et a combattu à Waterloo. Il a porté dans la vie privée de nobles souvenirs, et l’estime de lui-même. Le général Corbineau n’a trahi ni son pays, ni son bienfaiteur » (3). En dépit de cette faltteuse présentation, retrouver une quelconque trace de l’implication de Jean-Baptiste Juvénal dans les élections de 1820 s’est révélé impossible. Est-ce à dire que sa candidature ne fut guère validée par les autorités préfectorales, ou qu’il ne parvint pas à réunir les fonds nécessaires à la bonne marche de sa campagne ?

La tentation carbonariste (1818-1822).

Si ses velléités de lutte, par la voie des urnes, contre le régime bourbonien furent réduites à néant, Corbineau n’abandonna pas pour autant le combat. Contrairement à son collègue Foy, il ne renonça pas à la « politique de l’ombre ». Dès 1818, il avait intégré les « Amis de la liberté de la presse », une société regroupant une soixantaine d’individus cooptés – hommes de lettres, ex-officiers de l’Empire, acteurs de la Révolution et des Cent-Jours ‒, se réunissant le plus souvent chez La Fayette, « sorte de centre où venaient se rencontrer tous les projets de résistance, quelque divers qu’ils fussent ». Elle était en outre dotée d’un comité directeur de douze membres correspondant avec les provinces et dont les attributions nourrirent fantasmes et craintes irrationnelles chez les royalistes « ultras ». Au cours de l’été 1820, de nombreux membres des « Amis de la liberté de la presse » rejoignirent la haute-vente de la Charbonnerie. Apparu à Naples en 1809, le carbonarisme s’était répandu en France à compter de 1818. Rassemblant républicains, bonapartistes et – plus largement – des opposants à la monarchie restaurée, cette société secrète visait, par le biais de complots fomentés en province, au renversement du régime des Bourbons. Quoique étroitement surveillé par les indicateurs de la police, Jean-Baptiste Juvénal présentait le profil d’un participant de second rang au sein de la haute vente. Son expertise quant aux questions militaires était néanmoins des plus appréciées. Frappée en son sein par une vague d’arrestations ainsi que par la condamnation à mort de plusieurs de ses membres, la charbonnerie fut décapitée en 1822 ; ces événements mirent assurément un terme à l’activisme politique du général Corbineau.

Les tracas d’un vétéran de la Grande Armée (1820-1825).

Exilé sur l’île de Sainte-Hélène, Napoléon décéda le 5 mai 1821. Ses ultimes écrits furent d’une part, son testament olographe, d’autre part, les codicilles, rédigés et signés entre le 15 et le 29 avril. Quelques temps avant sa mort, Napoléon s’était alarmé du fait que Jean-Baptiste Juvénal Corbineau appartenait « à une famille de braves, mais qu’il était sans fortune ». Qu’à cela ne tienne : la rédaction de son testament offrit à l’Empereur déchu l’occasion de récompenser ses « plus fidèles serviteurs ». Et de fait, Napoléon légua – via le 6e codicille du 24 avril ‒ 50000 francs à chacun de ses aides de camp Hogendorp, Caffarelli, Dejean et Corbineau, somme à prélever sur les deux millions issus de la liquidation de la liste civile d’Italie. A charge pour Eugène de Beauharnais de remettre lesdites sommes aux ayants droit. Or, jusqu’à sa mort le 21 février 1824, ce dernier demeura absolument inflexible.

A l’évidence, Napoléon – au crépuscule de sa vie ‒ n’avait nullement oublié son ancien aide de camp, mais la réciproque était-elle exacte ? En ce début des années 1820, Corbineau fut contraint de prendre la plume pour – en premier lieu – défendre ses droits. Le 3 août 1824, le portefeuille de ministre de la Guerre fut en effet confié au marquis de Clermont-Tonnerre, à qui Louis XVIII  ordonna de régler promptement la question des retraites, « serpent de mer de la plupart des précédents ministères ». De la sorte, le ministre mit à exécution le projet d’ordonnance du 22 juillet 1818, consistant à réduire les effectifs de l’état-major. Aussi, une première fournée de lieutenants-généraux et de maréchaux de camp fut-elle d’office mise à la retraite le 1er décembre 1824. Y figuraient une majorité d’anciens héros des guerres napoléoniennes, au nombre desquels Gazan, Exelmans, Vandamme, Lejeune, Hugo et … Corbineau. Telle décision était en outre assortie de l’interdiction ‒ humiliante  pour ces figures de proue de l’ex-armée impériale ‒ de revêtir l’uniforme, indéniable marqueur de prestige social.

« Solliciter le ministère de la Guerre pour l’obtention d’une retraite ou pour conserver son maintien dans l’armée devint une véritable épreuve pour ces vétérans perçus comme de dangereux comploteurs prêts à verser leur sang pour la IVe dynastie », postule Stéphane Calvet (4). Or, loin de se décourager, le général marchiennois plaida immédiatement sa cause auprès du duc d’Angoulême, dauphin de France ; celui-là même qu’il avait – en 1815 ‒ retenu prisonnier à La Palud ! Il adressa simultanément une missive au ministre de la Guerre. Au vrai, sa stratégie ne différait guère de celle déployée une décennie auparavant, à la 1ère Restauration des Bourbons. Insistant sur son âge – 48 ans ‒, le général mit en exergue sa volonté de servir le nouveau roi Charles X. Par ailleurs, il rappela les services prétendument rendus par son père aux princes émigrés, dramatisant à l’excès son propos : «  Mon père a été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire d’Arras après avoir gémi 21 mois dans les prisons » (5), affirmait-il. Enfin, chacune de ses suppliques était accompagnée de diverses pièces justificatives, ce qui en dit long sur sa volonté farouche d’obtenir satisfaction. Et de fait, malgré une administration intransigeante, froide et insensible, la ténacité de Jean-Baptiste Juvénal fut finalement couronnée de succès. Certes, sa mise en retraite fut maintenue, mais les services du ministère de la Guerre reconnurent que le général « avait droit au maximum de la retraite » et proposèrent ce faisant de lui accorder une pension de 6000 francs. Octroyée par ordonnance royale du 4 mai 1825, cette dernière prenait rétroactivement effet au 1er janvier de la même année. Non seulement elle permettait au général de subsister, mais encore elle reconnaissait ses sacrifices pour la France.

Lutter contre l’ennui et le déclassement.
Lettre autographe général Corbineau Guillaume de Vaudoncourt février 1826

Lettre autographe du général Corbineau adressée, en février 1826, à son collègue Vaudoncourt. Jean-Baptiste Juvénal propose de lui confier des notes relatives à ses opérations du mois de novembre 1812.

A l’inactivité forcée, Corbineau se consacra donc à l’écriture, selon des modalités assez semblables à nombre de ses collègues. En février 1826, ayant appris que le général Guillaume de Vaudoncourt rédigeait « un ouvrage sur la Russie afin de réhabiliter la gloire des armées françaises si odieusement outragée par M. de Ségur », il lui confia « des notes (qu’il avait) faites depuis la prise de Minsk jusqu’au 28 novembre [1812] » (6).  Probablement cette démarche lui permettait-elle d’échapper « à l’ennui d’un présent atone », marqué par de tout récents tracas. En outre, elle inscrivait Corbineau dans un combat de mots, dirigé en l’occurrence contre le général Ségur et ses critiques acerbes à l’égard des décisions de l’Empereur durant la campagne de Russie. Enfin, écrire sur les opérations de novembre 1812 – avec pour point culminant le passage de la Bérézina ‒ assurait la résurrection d’un passé glorieux relativement proche. Comptant une dizaine de pages seulement, les notes du général ne sauraient être assimilées à des Mémoires, même si elles en affichent certaines caractéristiques. Evoquer un « journal de marche » serait assurément plus juste. S’il fit preuve d’une précision clinique dans la narration des événements, Corbineau n’en valorisa pas moins son rôle et la portée de son action : « Si l’Empereur avait pris la même route que celle que j’avais tenue pour le rejoindre, l’armée française aurait passé la Bérézina deux jours plus tôt, sans que Tchitchagof eût pu le soupçonner. Quel besoin avait-on d’aller à Borisow, quand on pouvait éviter cette ville ? M. le duc de Bellune n’aurait pas été de Krasnoulouki à Borisow, et se serait dirigé, de sa position, vers Studianka ; la division Partouneau n’aurait pas été prise pour s’être égarée » (7), détaillait-il ainsi.

Retiré du service actif, Corbineau n’en continua pas moins d’entretenir ses réseaux relationnels, lui qui, dès 1825, intégra les rangs de la Réunion du Nord (8). Fondée dans la capitale par des Nordistes éminents, cette société – reposant sur l’entraide et l’émulation – regroupait des figures venues d’horizons variés : le spectacle (Talma, Mesdemoiselles Duschesnois et Dorus), les arts (Boilly, Redouté, De Pujol), les lettres (Desbordes-Valmore) et l’armée (Mortier, Scalfort, Durutte et … Corbineau).

Un maire en son village (août 1826-septembre 1830).

Le château de Montigny à Champagne-sur-Oise, demeure du général Corbineau d’août 1826 à 1848 – Carte postale coloriée, début du XXe siècle.

Le 30 juillet 1826, Jean-Baptiste Juvénal Corbineau succéda au baron de Perthuis en qualité de maire de Champagne, un petit village de Seine-et-Oise comptant alors un peu plus de 700 âmes. Ce fut donc probablement dans les tout premiers jours d’août que le général et son épouse franchirent la belle grille ouvragée menant au château de Montigny, une élégante demeure construite au siècle précédent à flanc de colline. Pourquoi cette figure emblématique des guerres de coalition fit-elle le choix de cette localité comme résidence secondaire ? Si les sources archivistiques n’apportent aucun éclairage, il reste néanmoins possible d’établir un faisceau d’hypothèses explicatives. Ainsi, sous la Restauration, Jean-Baptiste Juvénal se trouvait être locataire dans un immeuble du 9e arrondissement de Paris appartenant au baron de Perthuis, maire de Champagne de 1817 à 1826. De plus, Champagne se situait à proximité des communes de Bernes-sur-Oise et de l’Isle Adam, tout comme de l’abbaye du Val. Or, le général Dariule était à cette époque maire de Bernes-sur-Oise, tandis que le comte Regnault de Saint-Jean d’Angély occupait l’abbaye du Val, centre de réunion bonapartiste selon la police. A l’évidence, le choix de Champagne ne relevait assurément pas du hasard. Toutefois, à une époque où les soupçons pesant sur les vétérans de l’Empire étaient fermement ancrés dans les esprits, rien n’indique que Corbineau ait pris part à la moindre activité subversive durant son séjour dans la petite commune de Seine-et-Oise.

Retour en grâce sous la « monarchie de Juillet » (1830-1840).

A la fin de juillet 1830, trois journées révolutionnaires obligèrent le roi Charles X à quitter Paris. Sur l’insistance de Thiers et de La Fayette, les Chambres proposèrent dès lors le trône à son cousin, Louis-Philippe d’Orléans. S’appuyant sur la bourgeoisie, ce dernier chercha alors à fédérer les différents courants politiques dans une grande dynamique sociale.

Commander la 16e division militaire (années 1830).
Portrait Jean-Baptiste Juvénal Corbineau monarchie de Juillet

Portrait du lieutenant-général Corbineau, commandant la 16e division militaire. Jean-Baptiste Juvénal est ici décoré des ordres de la Légion d’honneur, de Saint-Joseph de Bavière, de Saint-Louis, et de Léopold de Belgique – Vente Osenat « L’Empire à Fontainebleau », 12 avril 2015.

Dès le 1er août, Jean-Baptiste Juvénal fut de nouveau autorisé à revêtir l’uniforme. Quatre jours plus tard, le commandement provisoire de la 16e division militaire (Nord, Pas-de-Calais et Somme), avec Lille pour siège, lui échut. Corbineau y remplaçait le général Rottembourg. Pour laconiques qu’elles furent, les instructions du général Gérard, ministre de la Guerre, lui intimaient de « faire reconnaître le gouvernement national et d’arborer les couleurs françaises ». En outre, elles lui ordonnaient de « concourir de tout son pouvoir à l’organisation civile et d’empêcher la dilapidation des ressources publiques » (9). Confirmé dans ses fonctions le 18 septembre, le général Corbineau n’eut aucune difficulté à faire reconnaître son autorité. Il fut néanmoins promptement confronté aux répercussions du processus révolutionnaire agitant alors le sud du royaume des Pays-Bas. En cette fin d’été 1830, il se fit, dans le nord du royaume, le relais de la ligne diplomatique définie à Paris et qui alliait maintien de relations cordiales avec le roi Guillaume 1er et neutralité. Au demeurant, la correspondance échangée avec le marquis de La Moussaye ‒ ambassadeur de France à La Haye – tend à révéler cet état de fait. Le 2 septembre, le marquis l’ayant prévenu que « de jeunes Bruxellois étaient partis pour Lille afin d’engager la garde nationale à seconder le mouvement insurrectionnel » (10), Corbineau lui assura en retour que « le voyage des jeunes Bruxellois dont vous me parlez n’aura aucun résultat dans cette ville [Lille] ; ils sont désignés à la police et seront observés dès leur arrivée. La division que j’ai l’honneur de commander et les troupes que j’ai sous mes ordres resteront tout à fait étrangères aux événements qui se passeront en Belgique. Je peux vous en donner l’assurance et je désire que S.A.R le Prince d’Orange en ait la conviction » (11). Suite à l’intervention militaire française de 1831-1832, Corbineau dut solutionner l’afflux de prisonniers néerlandais, qu’il fit d’abord regrouper à Dunkerque. Néanmoins, l’attitude intransigeante du souverain des Pays-Bas repoussa leur libération, si bien qu’il dut les répartir entre Saint-Omer et Hesdin. Son efficace gestion de la situation lui attira les félicitations du maréchal Soult, ministre de la Guerre.

Des honneurs en cascade (années 1830).

Ainsi, si sa prise de fonction s’avéra éminemment délicate à négocier, Jean-Baptiste Juvénal Corbineau occupa ensuite plus d’une décennie durant, le commandement d’une division militaire qu’il avait si ardemment sollicité en 1814. Pair de France le 11 septembre 1835, il devint inspecteur-général de cavalerie en 1837, avant d’être fait grand-croix de la Légion d’honneur le 5 mai 1838. Son nom fut également gravé sur la 32e colonne de l’arc de triomphe de l’Etoile, côté sud-ouest.

Armoiries du comte Jean-Baptiste Juvénal Corbineau, pair de France et grand-croix de la Légion d’honneur – Infographie originale de Jean-Claude Colrat, DR.

Après quinze années ponctuées de tracasseries administratives et de brimades symboliques, le général connut ainsi, au cours de la décennie 1830, un indéniable retour en grâce qui lui permit de s’afficher tel un grand notable. Son cas n’était évidemment pas isolé : en quête de popularité, Louis-Philippe mena semblable politique de séduction – voire d’instrumentalisation politique ‒ en direction de bien d’autres vétérans de renom.

Un protagoniste si discret (août-octobre 1840).

Dans la nuit du 5 au 6 août 1840, Louis-Napoléon Bonaparte, accompagné d’une cinquantaine de conjurés, débarqua entre Wimereux et Boulogne-sur-Mer. S’emparer de cette ville ‒ et en particulier de la sous-préfecture et de la mairie ‒ surpassait cependant les maigres forces engagées. Aussi les conjurés décidèrent-ils de se rendre à la caserne du 40e régiment d’infanterie de ligne, espérant que celui-ci leur apporterait le renfort nécessaire. Cette tentative échoua lamentablement, si bien que le prince et ses complices – au nombre desquels Montholon et Parquin, d’emblématiques figures des campagnes impériales ‒ furent rapidement faits prisonniers. Les dictionnaires biographiques de la fin des années 1840-1850 furent prompts à porter la capture du neveu de l’Empereur au crédit du général Corbineau. Or, Louis-Napoléon Bonaparte ne le mentionna nullement dans ses interrogatoires successifs. Compagnon de cellule du prince au fort de Ham, Charles Parquin n’évoqua pas non plus l’action ‒ prétendument si décisive ‒ du Marchiennois dans ses Souvenirs. Jacques Jourquin écrivit, certes, que « Jean-Baptiste Juvénal Corbineau arrêta le prince Louis-Napoléon, mais il faut remarquer que Parquin qui, pourtant, le savait bien, et pour cause, est absolument muet sur ce point alors qu’il lui arrive de donner des précisions sur des faits postérieurs à son récit » (12). Plus qu’une autocensure du fameux mémorialiste, sans doute faut-il voir dans son « silence » un élément corroborant au contraire le rôle mineur joué par Corbineau dans l’arrestation du prince.

Au demeurant, ce dernier fut traduit devant la cour des Pairs du 28 septembre au 6 octobre. Jean-Baptiste Juvénal Corbineau fut l’un des 165 membres de cette chambre – qui en comptait 372 ‒  à siéger en cette occasion si particulière. Probablement éprouva-t-il un embarras bien compréhensible à juger le neveu d’un Empereur à qui il devait une part importante de sa carrière, de ses titres comme de ses distinctions. A la veille du verdict, Berruyer ‒ l’un des deux avocats du prévenu ‒ tenta habilement d’instrumentaliser cette gêne au profit de son client, déclarant « qu’on veut vous faire prononcer une peine contre le neveu de l’Empereur, mais qui êtes-vous donc ? Comtes, barons, vous qui fûtes ministres, généraux, sénateurs, maréchaux, à qui devez-vous vos titres, vos honneurs ? En présence des engagements qui vous sont imposés par les souvenirs de votre vie, des bienfaits que vous avez reçus, je dis qu’une condamnation serait immorale ! ». Le 6 octobre, Louis-Napoléon Bonaparte n’en fut pas moins condamné à la détention perpétuelle au fort de Ham, alors même que la dépouille de son illustre oncle voguait vers la France.

Instrumentalisations à l’heure du « retour des cendres » (décembre 1840-août 1841).

Le rapatriement du corps de Napoléon en France avait fait l’objet de discussions dès les débuts de la « monarchie de Juillet ». Le puissant ministre Thiers joua néanmoins un rôle décisif en convaincant Louis-Philippe de ramener les cendres de l’Empereur sur le sol national. Le 15 décembre 1840, l’imposant char funèbre remonta les Champs-Elysées en direction des Invalides, accompagné par l’indescriptible enthousiasme des Parisiens massés de part et d’autre du parcours. Il était encadré par de nombreuses troupes, à la tête desquelles chevauchaient Ornano, Arrighi, Flahaut, Exelmans, Durosnel, Reille et Corbineau : autant de glorieux « vieux débris » récupérés par le pouvoir en place.

Jean-Baptiste Juvénal Corbineau fit une nouvelle apparition remarquée à l’occasion de l’inauguration de la colonne de la Grande Armée à Boulogne, le 15 août 1841. Placée sous la supervision du maréchal Soult, l’érection de ce monument rendant hommage à l’armée impériale et à son chef débuta à l’automne 1804. Inachevé à la fin de l’Empire, il devint – sous la Restauration des Bourbons – un monument en l’honneur de Louis XVIII. Par conséquent, il fallut attendre le début de la monarchie de Juillet pour que le monument retrouvât sa vocation originelle. En juillet 1841, une monumentale statue de Napoléon par Bosio, appelée à parachever l’ouvrage, fut transportée de Paris à Boulogne. Si Louis-Philippe souhaitait exalter la geste impériale, il craignait pourtant que ce mouvement ne fût nuisible à sa propre popularité. De fait, il ne permit pas à Soult – alors ministre de la Guerre et président du Conseil – de présider la cérémonie d’inauguration, de façon à ne pas lui conférer « un caractère essentiellement politique et gouvernemental » (13). Le vieux maréchal choisit dès lors pour remplaçant le général Corbineau, qui ­– rappelait-il au maire de Boulogne ‒ « avait été aide de camp de l’Empereur Napoléon ». Accompagné du général Gourgaud, le lieutenant-général commandant la 16e division militaire fut-il donc à la tête de cérémonies qui attirèrent près de 600000 participants. Comme à Paris quelques mois auparavant, la liesse fut au rendez-vous, en particulier « lorsque le voile qui cachait la statue impériale est tombé. Les applaudissements redoublèrent lorsque le lieutenant-général Corbineau, après avoir détaché la couronne de laurier qui surmontait le char triomphal, est monté, accompagné de tout son état-major, sur la galerie de la colonne, où il a déposé le signe victorieux sur le front du héros » (14).

Dernier acte (1841-décembre 1848).

L’heure de la retraite (1841-1844).

Si la décennie 1830 marqua l’apogée de la carrière du général, la suivante en signa indubitablement la fin. Certes, une décision du 24 juillet 1841 le garda à la tête de la 16e division militaire, au motif que « cet officier-général a exercé des commandements importants, [et que] depuis plus de 11 ans il commande la 16e division militaire, où il a acquis une grande influence » (15). Le même jour, il fut également maintenu dans la 1ère section du cadre de l’état-major général. Probablement telles décisions découlaient-elles d’une intense activité épistolaire engagée par l’intéressé. Semblables démarches se révélèrent néanmoins infructueuses trois ans plus tard. Le 2 août 1944, Jean-Baptiste Juvénal fut en effet placé dans la section de réserve et perçut la demi-solde. Enfin, le commandement de la 16e division militaire passa aux mains du général Négrier. Corbineau ne se laissa pourtant guère gagner par la résignation, puisque, dès le 4 août, il se pourvut en appel au Conseil d’Etat. Las, ce dernier rejeta son pourvoi le 19 avril 1845.

Fraîchement retraité, le général partagea désormais son temps entre son domicile parisien de la rue Thiroux et sa propriété de Champagne-sur-Oise. En 1846, il fournit d’ailleurs les subsides nécessaires à la restauration de l’église de ladite commune. Bâti au XIIe siècle, puis remodelé au cours des trois siècles suivants, l’édifice – dont l’entretien avait été négligé depuis la Révolution – menaçait de tomber en ruine, en particulier le bas-côté sud (16). Corbineau mit également sa plume au service du Spectateur militaire, dont l’équipe rédactionnelle était exclusivement constituée d’officiers supérieurs vétérans des campagnes impériales.

Et advint la République (février 1848).

Le 24 février 1848, le roi Louis-Philippe signa son abdication, mettant un terme à la « monarchie de Juillet » ; la République fut proclamée dans la foulée. Le 26, prenant acte de ce bouleversement politique et institutionnel majeur, Corbineau adressa une lettre laconique au ministère de la Guerre. « J’ai l’honneur », y assurait-il, « de vous envoyer mon adhésion complète au gouvernement provisoire de la République » (17). Agit-il donc telle une « girouette » ? Cette missive pourrait assurément accréditer l’opinion selon laquelle le général aurait été « accessible aux séductions du pouvoir » (18). Or, son comportement ne différait guère de celui de bien d’autres officiers-généraux, qui, après avoir successivement servi l’Empire et le régime de Juillet, se rallièrent à la République. « Par delà la figure de transfuges bassement intéressés » (19), s’esquisse ‒ en réalité ‒ le portrait d’individus au service non plus d’un homme, mais de l’Etat. Officier-général aux opinions « modérées », le général Corbineau en formait un archétype.

La mort du « dernier des Horaces » (17 décembre 1848).
Tombes général Jean Baptiste Juvénal Corbineau Agathe Rose Delphine Sanlot Champagne sur Oise

Pierres tombales des époux Corbineau à Champagne-sur-Oise – Wikimedia Commons.

Agé de 72 ans, Jean-Baptiste Juvénal Corbineau s’éteignit à son domicile parisien le 17 décembre 1848. Selon L’Illustration, ses obsèques se tinrent le 22 du même mois. Il fut enterré à Champagne-sur-Oise, où son épouse acquit en 1849 – pour la somme de 1200 francs – un emplacement situé à gauche du portail de l’église du village. Les tombes des époux Corbineau constituent d’ailleurs les seuls vestiges de l’ancien cimetière communal. Sur la pierre tombale au demeurant d’une grande sobriété, seul fut gravé le titre de lieutenant-général de Jean-Baptiste Juvénal. Contrairement aux monuments funéraires des autres vétérans titrés de la Grande Armée, celui de Corbineau ne fait nullement référence à ses armoiries et à ses principales batailles. Il n’est ainsi fait mention ni de sa charge brillante d’Ocana, ni de sa découverte du gué de Studianka. Cette absence – qu’on imagine volontaire – en dit long sur la célébrité du personnage, dont les états de service n’ont guère besoin d’être rappelés au public.

Le décès du héros de la Bérézina passa globalement inaperçu dans une actualité accaparée par l’accession au pouvoir du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte. Le Mois annonça via un bref entrefilet que « M. le général de division Corbineau et M. l’amiral Lainé, qui avaient figuré avec honneur dans nos grandes luttes de l’Empire, sont morts ce mois-ci : le premier à Paris, le second à Versailles » (20). Dans son édition du 29 décembre, Rappelant à propos que  « peu de généraux ont servi aussi activement que le comte Corbineau qui vient de mourir », The Times énuméra avec force détails les états de services du général marchiennois. Souhaitant mettre le défunt à l’honneur, L’Illustration relata, pour sa part, le trait d’héroïsme suivant : « A la bataille d’Elchingen, le colonel Corbineau, déjà le seul survivant des trois frères, commandait le 69e de ligne, qui, à la voix du maréchal Ney, franchit le pont construit en cet endroit sur le Danube. Arrivé sur l’autre rive, le colonel s’aperçut qu’une formidable batterie ennemie, masquée par les murs d’un cloître, enlevait des files de dix hommes et que sept cents de ses hommes étaient déjà hors de combat. Aussitôt il tire de son fourreau un petit plumet rouge qu’il portait à la ceinture et qu’il avait pour habitude de fixer à la cocarde de son chapeau dans les occasions critiques. A cette vue, l’enthousiasme éclate dans toute la ligne, on tente un effort suprême, mais les Autrichiens tiennent bon et la colonne s’arrête. Aussitôt, Corbineau, appelant tous ses officiers au premier rang, marche à leur tête tout droit aux batteries. C’est alors que, dans un entraînement inexprimable, les soldats, rompant leurs rangs, se précipitent à la course sur les canons et l’ennemi est écrasé sur place. Au même instant, Ney arrivait au galop sur le terrain. Il saute à bas de cheval et, ouvrant les bras devant Corbineau, il lui dit d’une voix rauque de poudre et d’admiration : ‘Colonel, embrassons-nous !’ » (21). Bel exercice littéraire, certes … mais en complète dissonance avec la réalité historique. Car aussi héroïque soit-il, ce récit laisse pour le moins songeur, d’autant plus qu’à l’époque de la bataille d’Elchingen, Jean-Baptiste Juvénal était engagé en Italie avec les chasseurs à cheval de la légion hanovrienne. De surcroît, ce fait d’armes ne saurait être attribué à Hercule – servant alors aux chasseurs à cheval de la Garde Impériale – pas plus d’ailleurs qu’à Constant, colonel commandant le 5e régiment de chasseurs à cheval. Notons encore que tous deux étaient bien vivants en 1805 …

Au cours des premières années du 2nd Empire, le souvenir du général parut s’estomper. Le 13 mai 1850, le ministère de l’Intérieur avait, certes, commandé un buste en marbre à son effigie. Pierre Loison – un élève de David d’Angers – fut chargé de cette réalisation destinée à enrichir les collections du château de Versailles. Achevée en 1851, ledit buste fut présenté au Salon l’année suivante. Corbineau revint sur le devant de la scène en août 1854. Deux ans après le rétablissement du régime impérial, Napoléon III décréta en effet la mise en place d’un crédit extraordinaire de 8 millions de francs, voué à exécuter les dispositions testamentaires de son oncle, en souffrance depuis 1821. Près de 4 millions de francs furent spécifiquement destinés aux légataires particuliers, à leurs veuves ou héritiers directs. Si la descendance directe du général était éteinte, sa sœur Eléonore et les enfants de son frère Hercule n’en prirent pas moins la plume pour supplier « Sa Majesté d’étendre jusque sur eux le glorieux bienfait du Testament » (22). L’issue de leur démarche conjointe demeure inconnue.

Marchiennes, « patrie du général Corbineau » à l’heure du souvenir.
Projet Monument Corbineau Marchiennes 2nd Empire

Le monument au général Corbineau, tel qu’il aurait dû être érigé à Marchiennes. Ce projet est aujourd’hui conservé au musée municipal.

Qu’en fut-il du souvenir « d’Horace » à Marchiennes, sa « patrie » ?  Le 8 février 1867 ‒ à une époque où les personnalités de l’Empire étaient honorées un peu partout en France ‒ Piédanna, maire de la commune, prit longuement la parole devant son conseil municipal. Après avoir rappelé par le menu les actions d’éclat du général, il s’émut du fait que « dans la patrie de Corbineau, [il n’existe pas] un monument consacré à sa mémoire ou au moins une statue représentant le général afin de perpétuer à jamais le souvenir de ses hauts faits ». Par conséquent, le maire proposa « l’érection d’un monument convenable à perpétuer le souvenir de l’enfant de la cité ». Il émit en outre l’idée « de donner à la place d’armes le nom de place Corbineau et le même nom à la rue venant de chez M. Théry, notaire, à la mairie, attendu que le lieu de la naissance des Corbineau est celui où est érigé l’école des filles, tenant à la mairie » (23). Le conseil adopta ces deux propositions à l’unanimité. Dans le même temps, une commission de cinq membres fut créée afin d’évaluer le coût du monument, puis de réfléchir aux modalités de son financement. Le 25 février, le maire s’adressa à Napoléon III en personne pour lui soumettre le projet.

Le 4 mai, « un décret impérial autorisa la ville de Marchiennes à ériger à la mémoire du brave lieutenant-général comte Corbineau, un monument qui perpétue le souvenir de ses nombreux services au pays et de son grand talent militaire » et dont l’esquisse avait été confiée à Louis Deletrez, un jeune sculpteur orchésien installé dans la capitale. Enhardi par ce premier succès, le maire de Marchiennes ouvrit une souscription pour financer cette réalisation « à laquelle l’Empereur daigna promettre son bienveillant concours » (24). Le soutien financier de l’administration militaire fut alors particulièrement recherché, comme le démontre une lettre d’août 1867. Deux ans plus tard, la Revue artistique et littéraire annonçait, certes, que « la ville de Marchiennes va élever une statue au général comte Corbineau » (25). Et de fait, son apparence avait été validée dès mai 1868. Or, ladite statue ne fut jamais érigée. Faut-il attribuer cette déconvenue à l’effondrement du 2nd Empire en septembre 1870 ? La souscription – dont le profil des donateurs et les sommes récoltées demeurent inconnus ‒ s’avéra-t-elle en deçà des espérances ? L’Empereur lui-même versa-t-il la somme promise ? De ce projet avorté, subsiste une maquette de petites dimensions, aujourd’hui conservée au musée municipal. Représentant Corbineau en général aide-de-camp de l’Empereur, la statue repose sur un socle où sont gravés – en partie inférieure – le nom du général ainsi que ses armoiries. En partie supérieure, figure ‒ en lettres majuscules ‒ le mot « Bérésina » (sic) ; preuve s’il en est que le personnage était intimement associé à cet épisode ancré dans la mémoire collective des Français.

Plaque et maison natale Jean-Baptiste Juvénal Corbineau Marchiennes

Maison natale de Jean-Baptiste Juvénal Corbineau, qui fut également celle de son frère Hercule, de quatre ans son cadet. Apposée sur la façade, une plaque rappelle le souvenir de la fratrie.

Si l’érection du monument Corbineau ne fut plus guère remise à l’ordre du jour par la suite, une rue fut cependant baptisée en l’honneur de cet homme considéré comme un héros local et national. De même, une plaque fut apposée sur sa maison natale, sise au n°3 de ladite rue, à cinquante mètres de la mairie. Champagne-sur-Oise tint, elle aussi, à honorer celui qui fut son maire de 1826 à 1830. Une rue Corbineau conduit ainsi de la place de l’église jusqu’à l’emplacement du château de Montigny, détruit en 1944. En 1966, les Amis de Marchiennes organisèrent une rétrospective, la dernière en date sur le personnage. Depuis lors, ce dernier a – peu ou prou ‒ été « emporté par le vent de l’Histoire à une époque où, après mai 1968 et la fin des guerres coloniales, les héros militaires ne sont plus en vogue » (26).

Conclusion.

Longtemps décriée par les historiens, la biographie a aujourd’hui retrouvé ses « lettres de noblesse », comme l’illustre la publication récente d’ouvrages consacrés aux généraux Gourgaud, Foy et Cambronne. Le choix fut ici fait de suivre une logique relativement linéaire, tout en cherchant à faire émerger des « fragments de vie ». Aussi a-t-il fallu éviter deux écueils propres à la biographie historique : d’une part, la tentation de vouloir « combler les vides » ; d’autre part, « la tentation du reflet, où la singularité du personnage se dissout dans le tableau d’une époque » (27).

Né en 1776, Jean-Baptiste Juvénal Corbineau entama, sous la Révolution, une carrière qui s’articula en cinq phases majeures. La première – marquée par des lenteurs dans l’avancement ‒ fut celle des guerres de la décennie révolutionnaire. La deuxième débuta en 1804 avec son affectation à la légion hanovrienne. Ce fut pour Corbineau une époque caractérisée par des opérations sur des théâtres d’opérations périphériques par rapport aux campagnes-modèles qui nourrissent la légende impériale : de « sales guerres » dans le sud de l’Italie puis dans la Péninsule Ibérique, néanmoins honorables eu égard au grade atteint, aux lourdes responsabilités exercées et aux actions d’éclat accomplies. Et de fait, Corbineau fut récompensé à la fin de l’année 1811, lui qui fut alors placé à la tête d’une brigade de cavalerie légère bientôt appelée à s’enfoncer dans les steppes d’Europe de l’est lors de la terrible campagne de Russie. 1813 ouvrit l’avant-dernier volet de sa carrière. Durant les années sombres qui menèrent à l’ultime désastre de Waterloo, Corbineau reçut de grands commandements et multiplia actions d’éclat et délicates opérations. Cette participation active aux dernières campagnes de l’Empire motivèrent sa disgrâce sitôt les Bourbons restaurés, disgrâce qui se prolongea jusqu’à l’avènement de Louis-Philippe, en août 1830. Le dernier acte de la carrière militaire du général Corbineau pouvait désormais se jouer dans son Nord natal, où il opérerait comme lieutenant-général commandant la 16e division militaire.

A bien des égards, la trajectoire du général Jean-Baptiste Juvénal Corbineau ressemble à s’y méprendre aux parcours de tant d’autres officiers généraux de la Grande Armée. « Second couteau de l’Histoire », le Marchiennois se singularise pourtant via une double séquence événementielle. La découverte du gué de Studianka, sur la rivière Bérézina, constitue évidemment la première. Certes fortuite, celle-ci sauva les débris de l’armée impériale d’un désastre annoncé. Sa nomination comme aide de camp de l’Empereur – découlant de cet acte de bravoure ‒ forme indéniablement la seconde. Au sein d’« un cercle restreint d’hommes exceptionnels » (28), Corbineau mit en exergue ses qualités de meneur d’hommes. Plus encore, il démontra ses aptitudes tactiques et manœuvrières, compétences qui le différenciaient des « têtes-brûlées » dont Cambronne était le prototype.

La carrière du général ne saurait néanmoins être réduite à son seul parcours militaire. Les quinze années difficiles de la Restauration bourbonienne le virent en effet livrer une grande variété de combats. Politiques d’abord. Que ce soit par la voie des urnes ou par l’action clandestine, ils se révélèrent toutefois infructueux à l’échelon national. Ils furent par contre plus heureux au plan local, le général devenant maire d’une petite commune de Seine-et-Oise. Contre le déclassement et l’oubli ensuite. Homme de guerre, Corbineau démontra que – nécessité faisant loi – il savait habilement manier la plume pour obtenir son dû, entretenir les réseaux du notable qu’il était, voire narrer son rôle dans l’épopée impériale. Lui, le « héros de la Bérézina ».


Notes.

(1) Caron, Jean-Claude, Les deux vies du général Foy (1755-1823) : Guerrier et législateur, Champ Vallon, 2014.

(2) Brissot-Thivars, Louis-Saturnin, Le Guide électoral ou Biographie politique et législative de tous les députés, pour la session de 1819 à 1820, La Librairie constitutionnelle, 1820, p. 412.

(3) Ibid, p. 426.

(4) Calvet, Stéphane, Cambronne : La légende de Waterloo, Vendémiaire, 2016, p. 193.

(5) Service Historique de la Défense (Vincennes), dossier administratif de Jean-Baptiste Juvénal Corbineau. Lettre du général Corbineau au dauphin de France, s.d [1824].

(6) Lettre du général Corbineau au général Vaudoncourt, février 1826. Notons qu’en 1818, le général marchiennois avait adressé une lettre sur le même sujet à Caulaincourt.

(7) « Mémoires de Corbineau », in Pigeard, Alain (dir.), Mémoires d’Empire, tome 1, Editions Quatuor, 1997, p. 332.

(8) Leroy, Aimé, Dinaux, Arthur, Archives Historiques et Littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, 2, 1838, p. 280.

(ç) Texte cité in Gaillot, Christian, Itinéraire d’un général de cavalerie sous l’Empire : le comte Juvénal Corbineau (1776-1848), auto-édition, 1998, p. 2

(10) Lettre du marquis de La Moussaye au général Corbineau, 2 septembre 1830. Texte reproduit in Demoulin, Robert, « Documents relatifs à la révolution belge de 1830 », Bulletin de la Commission Royale d’Histoire, 99, 1935, p. 56.

(11) Lettre du général Corbineau au marquis de La Moussaye, 3 septembre 1830. Texte reproduit in Demoulin, Robert, op.cit, p. 57.

(12) Jourquin, Jacques, Souvenirs et biographie du commandant Parquin, Tallandier, 2015.

(13) Hauttefeuille, A., Bénard, L., Histoire de Boulogne-sur-Mer, tome 2, 1860, p. 278.

(14) Villeroy, Alfred, Histoire de Mil Huit Cent Quarante Et Un : Annuaire Historique et Politique, Paulin Editeur, 1842, p. 249.

(15) Service Historique de la Défense (Vincennes), dossier administratif de Jean-Baptiste Juvénal Corbineau. Lettre, non signée, du 24 juillet 1841.

(16) Mémoires de la Société historique et archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin, 51-54, 1945, p. 26.

(17) Service Historique de la Défense (Vincennes), dossier administratif de Jean-Baptiste Juvénal Corbineau. Lettre du général Corbineau au ministère de la Guerre, 26 février 1848.

(18) Sarrut, Germain, Saint-Edmé, B. Biographie des hommes du jour, tome 6, Paris, 1842, p. 251.

(19) Serna, Pierre, « La bataille des girouettes : Du bon usage du changement d’opinion durant l’été 1815 », Politix, 56, 2001, p. 78.

(20) Le Mois, Revue historique et politique, 10, 1848, p. 31.

(21) L’Illustration, Journal Universel, 304, 1848, p. 359.

(22) Requête, Note et Mémoire adressée à l’Empereur Napoléon III par la famille Corbineau, 26 août 1854.

(23) Archives Municipales de Marchiennes, 2/D-B-3  (Délibérations du conseil municipal, 1866-1874). Compte-rendu du conseil municipal du 8 février 1867.

(24) Lettre du maire de Marchiennes aux maires du département du Nord, 14 août 1867.

(25) Revue artistique et littéraire, 15, 1869,  p. 78.

(26) Calvet, Stéphane, op.cit, p. 238.

(27) Gainot, Bernard, « Jean-Claude Caron, Les deux vies du général Foy (1775-1825). Guerrier et législateur, Champ-Vallon, 2014 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 3, 2016, p. 205.

(28) Colrat, Jean-Claude, Des hommes au plus près de l’Empereur : Ses aides de camp, officiers d’ordonnance, pages et écuyers, hors-série n°29 du Briquet, auto-édition, 2017, p.5.


Sources et bibliographie consultées.

  • Calvet, Stéphane, Cambronne : La légende de Waterloo, Vendémiaire, 2016.
  • Caron, Jean-Claude, Les deux vies du général Foy (1755-1823) : Guerrier et législateur, Champ Vallon, 2014.
  • Colrat, Jean-Claude, Des hommes au plus près de l’Empereur : Ses aides de camp, officiers d’ordonnance, pages et écuyers, hors-série n°29 du Briquet, auto-édition, 2017.
  • Gaillot, Christian, Itinéraire d’un général de cavalerie sous l’Empire : le comte Juvénal Corbineau (1776-1848), auto-édition, 1998.
  • Goujon, Bertrand, Monarchies postrévolutionnaires, 1814-1848, Seuil, 2012.
  • Macé, Jacques, Dictionnaire historique de Sainte-Hélène, Tallandier, 2016.
  • Nagy, Laurent, D’une Terreur à l’autre : Théorie du complot et nostalgie de l’Empire, 1815-1816, Vendémiaire, 2012.
  • Petiteau, Natalie, Ecrire la mémoire : Les mémorialistes de la Révolution et de l’Empire, Les Indes Savantes, 2012.
  • Serna, Pierre, La république des girouettes. 1789-1815 et au-delà, une anomalie politique : La France de l’extrême centre, Champ Vallon, 2005.
  • Waresquiel, Emmanuel de, C’est la Révolution qui continue ! : La Restauration, 1814-1830, Tallandier, 2015.

 

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