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Bienvenue sur Art & Empire.

Vous y découvrirez un aperçu de ma collection dédiée à la période Révolution – 1er Empire, ainsi que des articles et recensions de mon cru.

Bonne visite et bonne lecture !

Jean-Baptiste Juvénal Corbineau, un inconnu illustre – Partie 2 (1804-1812)

Cet article fait suite à une première partie consacrée à la période 1776-1803.

En juin 1803, en réponse à la reprise de la guerre avec l’Angleterre survenue un mois auparavant, les troupes françaises – commandées par le général de division Mortier ‒ envahirent sans coup férir l’électorat du Hanovre, jusqu’alors détenu par la Couronne britannique. Forte de 15000 soldats, la petite armée hanovrienne fut dissoute à l’issue de ce coup de force. Toujours à la recherche de nouvelles troupes, le 1er Consul Bonaparte ordonna toutefois à Mortier de constituer de nouvelles unités à l’aide des militaires hanovriens licenciés. Le 12 août 1803, le général-gouverneur du Hanovre signa par conséquent un décret créant une légion mixte (1), comptant un régiment d’infanterie légère à deux bataillons et un régiment de chasseurs à cheval à trois escadrons.

Officier dans la légion hanovrienne (janvier 1804-mai 1806).

Une unité manquant d’attraits, ou les difficultés du recrutement.

Le recrutement s’avéra très compliqué. En effet, de nombreux militaires hanovriens s’étaient déjà enrôlés dans la King’s German Legion au service britannique. De fait, en novembre, seuls 127 soldats avaient été déclarés aptes à servir dans la cavalerie, dont le dépôt était installé dans la petite ville de Celle. Par ailleurs, peu de Hanovriens se présentant pour intégrer les rangs de l’unité, il fallut enrôler des soldats de langue allemande venus d’autres régions d’Europe. De même, si le Hanovre était réputé pour la robustesse de ses chevaux, seules 78 des montures reçues avaient été jugées valables par les officiers chargés de la remonte ; situation étrange témoignant vraisemblablement de la « résistance passive » mise en œuvre par les autorités locales. Semblable constat s’appliquait à la livraison des équipements, issus des dépôts de l’ancienne armée et dont la qualité laissait à désirer. Le 3 février 1804, Mortier adressa pourtant une missive au ministre de la Guerre, dans laquelle il lui assurait que « la cavalerie, constituée d’anciens cavaliers du Hanovre, était de belle stature ». Ces assertions un brin triomphalistes valurent à leur auteur les félicitations du 1er Consul.

Jean-Baptiste Juvénal Corbineau chef d'escadron de la légion hanovrienne Marc MorillonEncore fallait-il encadrer ladite légion. Celle-ci étant considérée comme une unité étrangère au service de la France, les officiers français avaient interdiction de s’y enrôler ou de s’y faire recruter. Cependant, seuls 7 officiers hanovriens se portèrent volontaires pour servir dans la cavalerie. De la sorte, leurs homologues français furent finalement tolérés afin de renforcer le corps des officiers. En outre, souhaitant motiver les candidats potentiels, Mortier conféra le grade supérieur aux militaires français rejoignant la légion. Le régiment de cavalerie reçut ainsi des hommes issus ‒ notamment ‒ des 4e et 5e régiments de hussards. Ce fut dans ce contexte que, le 27 janvier 1804, Mortier s’adressa à Constant Corbineau, colonel du 5e régiment de chasseurs à cheval, pour lui annoncer « (…) qu’il avait écrit au colonel Evers pour faire recevoir Juvénal chef d’escadron dans la cavalerie de la légion hanovrienne. Mais il doit toujours compter à votre régiment jusqu’à ce que le gouvernement ait approuvé sa nomination » (2). Cette missive formait probablement le terme d’une série de correspondances. Quoi qu’il en soit, Jean-Baptiste Juvénal devait indubitablement sa nomination à ses états de services élogieux, à sa discrétion, et plus encore à l’appui déterminant de son frère Constant, devenu en quelque sorte son protecteur. Son cas rappelle également que mérite et bravoure ne formaient pas les seuls critères d’avancement. En effet, appartenir à des réseaux influents s’avérait indispensable pour espérer progresser dans la carrière. Lire la suite

« Présentez votre meilleur profil et ne bougez plus ! » – Une histoire du physionotrace et de ses opérateurs.

« Ce que je désirais, le voilà sous mes yeux ; c’est le physionotrace, cette invention charmante qui offre aux curieux l’assemblage le plus varié et le plus nombreux des portraits des deux sexes. Je m’y attache en rêvant, et pendant ce temps la foule me coudoie, elle me meurtrit le dos » (1). Ainsi s’exprimait Louis-Sébastien Mercier qui – à l’occasion d’une flânerie solitaire sous les arcades du Palais-Royal – était tombé en arrêt devant une vitrine de physionotraces, ces petits portraits gravés obtenus à l’aide d’une « machine à dessiner » et jouissant, dès le milieu des années 1780 et jusqu’au début des années 1830, d’une popularité certaine.

Cinq minutes devant la « machine ».

Physionotrace croquis fonctionnement Qenedey

[Fig. 1] Wikimedia Commons.

L’auteur du fameux Tableau de Paris n’eut vraisemblablement pas la hardiesse de franchir le seuil de cette boutique. Par conséquent, il convient de restituer le cadre que devaient découvrir les clients des opérateurs du physionotrace. En premier lieu, leur regard se posait sur la « machine à tirer les profils », qui suscitait le vif intérêt du public « éclairé » en quête d’expériences tout à la fois scientifiques, amusantes et spectaculaires. Les opérateurs de ce procédé furent généralement peu diserts quant au fonctionnement de ladite machine. Comme le remarque René Hennequin – biographe du « physionotraciste » Edmé Quenedey –, « du physionotrace en tant qu’appareil, de la manière dont il s’employait et du résultat obtenu de sa mise en mouvement, notre auteur ne souffle mot » (2). Au cours des années 1790, il réalisa néanmoins un croquis du physionotrace [Fig.1], depuis lors source de débats et de conjectures entre historiens de l’art. Chrétien, pour sa part, décrivit allusivement l’appareil comme « une combinaison ingénieuse de deux parallélogrammes dont l’objet est de maintenir parallèlement à elle-même la règle qui porte le crayon ainsi que l’objectif » (3). Sous la Restauration – durant laquelle la vogue des physionotraces tendit à s’évanouir –, Bouchardy eut « l’extrême complaisance d’expliquer tous les détails de l’instrument » à l’un des rédacteurs du Nouveau Dictionnaire universel des Arts et Métiers, qui relata cette rencontre avec force précisions (4). Placé dans la position de « sujet consentant d’une expérience visuelle (…), conscient de prêter son corps à l’un des instruments emblématiques du progrès de la connaissance et des techniques » (5), ce dernier eut de surcroît l’honneur d’une séance de pose.

Du physionotrace aux physionotraces : un cycle de production d’une grande brièveté.

Prise du profil phyionotrace

[Fig.2] En dépit de cette représentation, le fait qu’il existe des portraits de trois-quarts forme la preuve qu’aucune projection lumineuse n’était nécessaire lors de la prise des profils.

Au demeurant, face au physionotrace, les membres de la bourgeoisie obéissaient avec docilité aux indications de l’artiste-machiniste [Fig.2] : « Après avoir placé un fauteuil fait exprès, en face d’une croisée, [Bouchardy] a posé le physionotrace à deux pieds environ vers la gauche du fauteuil, sur lequel je me suis assis ». Le sujet se plaçait de profil dans l’encadrement de l’appareil, la tête calée par un support : « Mon dos, à la hauteur des épaules, appuyait contre un morceau de bois mobile qu’il a fixé, et mon occiput appuyait aussi contre le bout de deux morceaux de bois qu’il fixa après avoir donné à ma tête la position convenable. Il m’invita à ne pas bouger de cette position, en fixant toujours le même objet ; alors il ne me voyait qu’en profil ». Cette assertion rappelle que le client n’avait pas le choix de la pose et ne pouvait choisir, quant à l’expression, qu’entre deux options : le sourire ou le sérieux.

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Brève histoire de l’uniformologie – Partie 3 – Une discipline à la croisée des chemins

Au tournant des XXe et XXIe siècles, l’uniformologie se trouve dans une situation ambivalente. Elle a en effet perdu nombre de ses plus illustres représentants, parmi lesquels les Maîtres Rousselot (en 1992), Lelièpvre (en 2013) et Frégier (en 2014). Néanmoins, leurs élèves/successeurs sont arrivés à maturité et une nouvelle génération prometteuse se révèle. Plus encore, la recherche uniformologique a atteint un degré de scientificité qui n’a rien à envier aux autres branches de l’histoire du costume. Dans ce contexte, de nouvelles sources ont été découvertes, tandis que d’autres ont été réétudiées à nouveaux frais. Enfin, le rôle de l’informatique et du numérique ne saurait être négligé, puisqu’il a assuré un renforcement des synergies entre chercheurs. En outre, le dessin vectoriel – mieux connu sous le vocable d’« infographie » ‒ offre aux uniformologues une nouvelle opportunité pour « mettre en image » le fruit de leurs découvertes.

L’uniformologie, une discipline mondialisée.

Moins d’une vingtaine d’illustrateurs-historiens officie actuellement à travers le monde. Les parcours de quelques-uns sont ici retracés en suivant une logique géographique.

Membre fondateur de la « compagnie de réserve de la Dyle », Bernard Coppens est l’un des pionniers de la reconstitution historique en Belgique : de concert avec quelques autres passionnés, il est parvenu à faire revivre cette « garde prétorienne » des préfets de l’Empire. Son expérience d’« historien vivant » influence indéniablement son approche de l’illustration uniformologique. Non seulement elle lui permet d’appréhender la confection des uniformes, mais aussi de saisir la place occupée par un homme de troupe dans une unité militaire. Ces enseignements se traduisent par la publication, entamée en 1984, d’une série de planches intitulée Les armées de Waterloo (1). Présentée sous forme de soldats de carte, elle innove en donnant une place centrale à l’unité. Quant au soldat, il n’en est qu’une constituante, un élément dépourvu d’indépendance. Bernard Coppens a depuis illustré de nombreux ouvrages, tout en s’affirmant comme un spécialiste de la bataille de Waterloo.

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Tirailleur fédéré de Paris, printemps 1815. Aquarelle originale de Bernard Coppens. Ce dernier s’est appuyé sur un arrêté du ministre de l’Intérieur pour réaliser cette représentation. Au regard de l’enchaînement des événements, il est probable que cet uniforme fut très peu porté.

Surtout, il s’est intéressé à des unités rarement étudiées, voire méconnues : compagnies de réserve, guides des armées, régiments étrangers au service de l’Empire, pour ne citer que quelques exemples. Réalisées à l’aide d’encres et d’aquarelle, ses œuvres se caractérisent par un grand souci du détail, ce qui fit écrire à Edward Ryan que « les planches de soldats publiées ces dernières années par Bernard Coppens comptent parmi les plus belles productions de tous les temps » (2).

Quant à Patrice Courcelle, il a commencé sa carrière en illustrant la série Soldats et Uniformes du 1er Empire, initiée par le docteur Hourtoulle. Au début des années 1980, il auto-édite une série de 25 planches consacrée aux armées ennemies de Napoléon : Ceux qui bravaient l’Aigle. Succès immédiat. Patrice Courcelle rédige alors des dizaines d’articles pour des revues spécialisées belges, françaises et britanniques. Il se spécialise également dans la réalisation d’œuvres ayant trait à la bataille de Waterloo et collabore avec Bernard Coppens pour produire Les Carnets de la Campagne, publiés aux Editions de la Belle Alliance.

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Cavalier du 2e régiment de hussards à la bataille d’Austerlitz, 2 décembre 1805. Oeuvre originale de Patrice Courcelle, fondée sur une représentation contemporaine due au colonel Barbier.

Il devient l’un des illustrateurs d’Osprey Publishing à la fin des années 1990 et a depuis collaboré à près de 25 titres de cet éditeur installé à Oxford. Enfin, il est l’un des rares artistes-historiens contemporains à illustrer l’émigration en armes (3), sujet méconnu s’il en est et sur lequel d’importants travaux de recherche restent à accomplir.

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Jean-Baptiste Juvénal Corbineau, un inconnu illustre – Partie 1 (1776-1803)

J’ai été rejoint hier par la brigade Corbineau qui a franchi la Bérézina au gué à hauteur du village de Stouzienka, situé à deux lieues au-dessus de Borisov. Votre Altesse Sérénissime trouvera ci-joint le rapport de ce général. Il y a trois pieds et demi d’eau, le chemin sur cette rive est assez bon, on pourra avec des fascines le rendre praticable sur la rive droite et on trouve la route de Zembin à Borisov à moins d’une demi-lieue du point de passage (1).

C’est vraisemblablement par ce rapport du général Latrille de Lorencez, chef d’état-major du maréchal Oudinot, que le major-général Berthier apprit la découverte d’un gué sur la Bérézina par la brigade du général Jean-Baptiste Juvénal Corbineau ; la Bérézina, cette rivière dont le franchissement permettrait bientôt aux débris de la Grande Armée d’échapper à un anéantissement inéluctable par les troupes russes.

« Symbole le plus marquant de la campagne de 1812 » selon Jacques-Olivier Boudon (2), c’est également à cette découverte salvatrice ‒ néanmoins revendiquée par d’autres généraux ‒ que les amateurs d’histoire napoléonienne associent invariablement Jean-Baptiste Juvénal Corbineau. Pour autant, ce général est assurément un inconnu illustre. Remarquons en premier lieu que le récit de la découverte du gué de Studienka occupe la majeure partie des biographies qui lui ont été consacrées depuis deux siècles. Pareil choix conduit à occulter le reste de son parcours, dès lors résumé à son avancement et à ses mutations successives. De la sorte, rien ou presque n’a été écrit sur ses proches ‒ alors même que ses deux frères, Constant et Hercule, furent généraux sous l’Empire ! ‒ ou sur son expérience des combats, à une époque où la guerre connut pourtant une transformation radicale. Si l’on peut soutenir que Corbineau est un « inconnu illustre », c’est également parce que ses biographes le confondirent régulièrement ‒ cela dès 1815 ‒ avec ses frères, lui attribuant par conséquent des faits d’armes qui n’étaient pas les siens. Enfin, d’autres éditeurs choisirent tout simplement d’oblitérer le parcours de Jean-Baptiste Juvénal, tout en se penchant sur les carrières de Constant et d’Hercule.

Depuis deux décennies, les études napoléoniennes ont connu de profonds renouvellements. Elles ont profité de réflexions novatrices portant sur les questions militaires, sur les élites, mais également sur l’écriture biographique. Aussi, n’est-il plus guère envisageable d’écrire une biographie du général Corbineau au prisme de sa découverte du gué de Studienka, sur la Bérézina. En effet, sa vie ne se résume nullement à cet épisode, aussi glorieux et remarquable fut-il. Au contraire, il convient d’envisager ce moment comme l’un des multiples épisodes d’une riche et longue carrière militaire, qui, d’ailleurs, se prolongea par delà la fin de l’Empire. Pourtant, les biographies de Jean-Baptiste Juvénal Corbineau ne manquent guère. Dès 1815, plusieurs dictionnaires lui consacrèrent une notice. Sous le règne de Louis-Philippe, des revues d’histoire du Nord de la France publièrent elles aussi des articles le concernant. Pour autant, ces premières tentatives biographiques sont à manier avec précaution, pour les raisons déjà mentionnées. En 1904, François de Wissocq – un descendant du général ‒ publia anonymement Trois soldats : Constant, Juvénal et Hercule Corbineau. Si cette biographie était primitivement destinée au cercle familial, elle constitua le socle documentaire de deux études plus récentes : celle de Jean-Jacques Pattyn ‒ publiée en 1985 dans les Carnets de la Sabretache ‒ et celle de Christian Gaillot, membre des Amis de Marchiennes, une société d’histoire locale. Face au manque de contextualisation des documents utilisés au sein de ces travaux, un recours aux archives s’est révélé nécessaire. En l’absence de sources privées – exception faite d’une iconographie inédite (3) ‒ il a fallu se contenter du dossier administratif de Jean-Baptiste Juvénal, conservé au SHD de Vincennes. Réétudiés à nouveaux frais, divers documents ont notamment permis de mieux conaître les réseaux relationnels de cet officier général, mais également ses déplacements. Les archives des corps dans lesquels il a servi ont également été mises à contribution, tout autant qu’une sélection de sources secondaires. Quoique hétéroclite, ce corpus a néanmoins permis de dégager des informations essentielles sur un homme qui servit sous tous les régimes, de la Révolution à la Monarchie de Juillet.

Une jeunesse marchiennoise (1776-1789).

Le 1er août 1776, à 9h du matin, Marie-Louise-Madeleine Varlet donna naissance à son deuxième fils, Jean-Baptiste Juvénal (4). Jean-Charles, son père, était issu d’une famille originaire des Flandres maritimes. En cette année 1776, quatre ans après la naissance de Constant, son fils aîné, il venait de quitter Laval, où il œuvrait jusqu’alors tant comme intendant des biens du marquis d’Harville que comme inspecteur général des haras de la généralité de Tours. Consistant à répartir sur le territoire de ladite généralité les chevaux acquis par le roi et à choisir les inspecteurs commis par celui-ci (5), cet office lui assurait une rémunération conséquente. Son installation à Marchiennes, gros bourg du nord de la France, s’expliquait par sa nomination au poste de grand bailli général des terres et seigneuries de l’abbaye de cette localité. Ce fut également à Marchiennes qu’Hercule, son fils cadet, vit le jour en 1780.

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Acte de naissance de Jean-Baptiste Juvénal Corbineau, 1er août 1776 – Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la commune de Marchiennes. 

Les informations sur les années de jeunesse de Jean-Baptiste Juvénal Corbineau s’avèrent parcellaires, sinon tout à fait inexistantes. Il est néanmoins assuré qu’il passa plusieurs années au séminaire. Il est probable que l’enseignement fut d’une qualité égale à l’excellence de celui prodigué à son aîné, Constant, qui fit ses études au collège des Anglais, à Douai. En effet, des rapports militaires produits sous le Consulat insistent sur ses aptitudes en langues (6). Reste que lorsque Jean-Baptiste Juvénal quitta le séminaire, la dynamique révolutionnaire venait de s’enclencher.

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Poussières d’Empire : L’archéologie des champs de bataille

Deux siècles se sont écoulés depuis la fin du 1er Empire. Année après année, champs de bataille, charniers et sites de bivouac continuent pourtant de restituer des vestiges, infimes parcelles du passé. Ceux-ci proviennent en premier lieu des champs de bataille. A l’issue des combats, les victimes étaient inhumées sur les lieux mêmes de leur décès. Lorsque des pics de mortalité survenaient en raison de combats violents ou que l’urgence s’imposait, les corps étaient hâtivement regroupés dans des fosses, ce qui impliquait des économies de temps, comme de moyens. Sur certains champs de bataille difficiles d’accès, tels celui de la Nivelle (automne 1813), il est probable que les corps attendirent plusieurs jours une sépulture décente. Par ailleurs, les découvertes de charniers, comme ceux de Vilnius et d’Erfurt (2001, 2004) apportent leur écot à l’histoire militaire. Surtout, elles permettent de mettre en évidence des causes de décès multiples : typhus, faim, froid et épuisement. Enfin, les sites de cantonnement ou de bivouac sont également pourvoyeurs de vestiges et permettent d’appréhender plus finement la vie quotidienne des soldats.

L’étude de ces vestiges s’inscrit dans une dynamique relativement récente, ayant émergé aux Etats-Unis avant de se développer en Europe : l’archéologie des conflits contemporains, aussi dénommée « archéologie des champs de bataille ».

Cet article présente une sélection d’artefacts retrouvés sur divers terrains où s’affrontèrent les armées de 1792 à 1815. 

Vie quotidienne du soldat et de l’officier.

Du bivouac au fracas du champ de bataille.

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  1. Les soldats croyaient en Dieu et trouvaient dans la religion un soutien dans leurs épreuves. Sans doute espéraient-ils être protégés par ces crucifix ou ces médailles pieuses. Las, sur les champs de bataille espagnols comme sur ceux de Russie, la mitraille a indifféremment frappé leurs rangs, jonchant le sol d’inutiles porte-bonheur.
  2. Chaque soldat disposait, dans une petite trousse de drap, d’un nécessaire de couture permettant de raccommoder des uniformes mis à rude épreuve. Ces dès à coudre proviennent l’un de Belgique, l’autre des Pyrénées.
  3. Ramassé sur un champ de bataille de la campagne de Saxe, voici tout ce qu’il reste d’un rasoir. Cet instrument s’avérait indispensable dans les armées de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.
  4. Dès, osselets et cartes constituaient autant de moyens de distraction qui faisaient oublier aux soldats les misères de leur condition. Probablement réalisés à l’aide de balles de mousquet, ces deux dès à jouer ont été ramassés sur un champ de bataille de la campagne de Russie. Quant à l’osselet, il provient du champ de bataille de la Nivelle.
  5. La pipe en terre était largement répandue dans les armées impériales. La fragilité de cet objet explique, qu’à ce jour, aucun exemplaire n’ait été retrouvé intact.

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  1. Cachet monogrammé retrouvé sur un champ de bataille de la campagne de Russie.
  2. Fragment d’un compas d’officier provenant d’un champ de bataille pyrénéen.
  3. Ces boutons de manchette ayant appartenu à des officiers laissent augurer du sort tragique de leurs propriétaires, soucieux de leur élégance jusqu’à l’instant du sacrifice.

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Bibliographie : Maison de l’Empereur et Grand Quartier Général Impérial

Depuis plus de quinze mois, « La Moustache » était demeurée silencieuse. Elle reprend aujourd’hui la plume et revient avec un bref tour d’horizon de la bibliographie récente consacrée à la Maison de l’Empereur et au Grand Quartier Général Impérial.

La Maison de l’Empereur n’a guère passionné les historiens. A l’instar de Charles-Otto Zieseniss, nombre d’entre eux ont vu dans les archives de cette institution – conservées en sous-série O2 aux Archives Nationales – « des cartons et registres regorgeant de factures et d’états de paiement », rien de plus. De fait, la bibliographie disponible s’avère d’une extrême pauvreté. Dans ce contexte, l’étude du commandant Eugène-Louis Bucquoy fit longtemps figure de référence, alors même que l’auteur y développait avant tout une approche uniformologique.

Napoléon et ses hommes Pierre BrandaIl fallut attendre 2011 et la publication d’un ouvrage de Pierre Branda, Napoléon et ses hommes, pour – enfin ‒ disposer d’une étude étayée sur le sujet. S’appuyant largement sur la série O2 susmentionnée, l’auteur étudie minutieusement les rouages de la Maison et démontre comment cet Etat dans l’Etat, « cette armée de serviteurs », constitua un très efficace outil de protection et de mise en valeur de la figure impériale. Pierre Branda a également publié dans Napoleonica-La Revue des articles sur des sujets connexes, notamment un stimulant « Le Grand Maréchal du Palais : Protéger et servir », s’intéressant aux attributions de Duroc, puis de Bertrand.

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« J’étais à Leipzig » : Jean Moisson, fusilier au 153e régiment d’infanterie de ligne

Sur la couverture en vélin d’un livret militaire du 1er Empire, un nom – « Moisson » – a été inscrit à l’encre brune. La vingtaine de pages qui compose ce document permet de tirer de l’oubli son propriétaire, un simple fusilier du 153e régiment d’infanterie de ligne. Voici son histoire …

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Livret militaire de Jean Moisson, fusilier au 153e régiment d’infanterie de ligne.

7 avril 1789. D’une écriture appliquée, Martin, curé vicaire de la Ferté-Loupière ‒ petit village yonnais alors fort de 1160 âmes ‒, enregistra la naissance de Jean Egésiphe Moisson sur le registre paroissial. Le nouveau-né était le fils de Jean-Louis Moisson, exerçant la profession de charpentier, et de Marie-Marguerite Brisepot. Lorsque cette dernière mit au monde son premier enfant – aîné d’une fratrie de quatre (1) ‒, elle était âgée de 18 ans seulement. Elle avait épousé Jean-Louis Moisson, de onze ans son aîné, en 1783.

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Acte de baptême de Jean Moisson, 7 avril 1789. Ont signé Jean-Louis Moisson, le charpentier Edmé-Jacques Parly – parrain du nouveau-né – et Martin, prêtre vicaire de la Ferté-Loupière.

La jeunesse de Jean nous est presque tout à fait inconnue. Sans doute fréquenta-t-il, dès son plus jeune âge, l’atelier de son père. Lui-même devint d’ailleurs charpentier et s’établit à Charny (2), chef-lieu de canton situé à quelques kilomètres au nord-ouest de la Ferté-Loupière.

Yonne, 1809 : Un « bon numéro » ?

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Tirage au sort des conscrits au chef-lieu de canton – Gravure coloriée de Jenet.

Né en 1789, le jeune charpentier était conscrit de la classe 1809. A l’issue de la réunion des conscrits à Charny, Jean – disposant du numéro 92 sur la liste de désignation du canton (3) – ne fut pas inscrit sur les listes de départ. Comment expliquer cet état de fait ? Avait-il tiré un « bon numéro » ? Sa famille fut-elle en mesure de financer le coût d’un remplaçant ? En l’état actuel des recherches et en raison du mutisme des sources sur ce point, nous ne pouvons opter pour l’une ou l’autre hypothèse. En tout cas, il semble exclu qu’il ait intégré la compagnie de réserve de son département. En 1810, Jean était présent dans l’Yonne, puisqu’il assista – le 27 février de cette année là – au baptême de Stéphanie Adrienne Louise Laure, qui survécut 8 jours seulement (4).

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Les camps de Boulogne, 1803-1812

Bonaparte 1er Consul Gravure hollandaise

Bonaparte, 1er Consul – Gravure hollandaise, 1802.

A la mi-mai 1803, l’Angleterre rompit unilatéralement le traité de paix conclu treize mois plus tôt avec la France. En réponse, le Premier Consul Bonaparte reprit à son compte le projet d’invasion de l’Angleterre que lui avait confié le Directoire cinq ans auparavant. Par conséquent, il décida de créer une Flottille de bateaux à fond plat (1), destinée à faire traverser la Manche à l’Armée des Côtes de l’Océan, et six camps s’étalant de la Hollande à Bayonne, mieux connus sous l’expression générique – et erronée ‒ de « camps de Boulogne » (2).

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Les hérauts d’armes de Napoléon, 1804-1815

Paris, cathédrale Notre-Dame, 2 décembre 1804. Au bas des marches du trône, son bâton couronné et semé d’abeilles reposant sur la hanche, « Duverdier, ‘faisant fonction de chef des hérauts d’armes et aussi messager d’Etat’, prend place au centre de la nef principale. L’assemblée paraît retenir son souffle. Elle attend l’événement fondateur. Et Duverdier de proclamer : ‘Le très glorieux et très auguste Empereur Napoléon, Empereur des Français, est couronné et intronisé. Vive l’Empereur !’ » (1).

Créé à la fin du Moyen Age, l’office de héraut d’armes perdura sous l’« Ancien Régime », avant d’être supprimé lors de la Révolution. Napoléon le recréa néanmoins dès la formation de sa Maison, en 1804. Retour sur les parcours et les attributions de ces hommes.

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